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THE DARK KNIGHT RISES : la fin de la saga de Christopher Nolan

Ce film aurait pu s’intituler BATMAN : LE DÉFI (mais il paraît que c’était déjà pris …)
Après BATMAN BEGINS en 2005 et THE DARK KNIGHT sorti en 2008, le réalisateur Christopher Nolan s’attaque à un double défi de taille : clore avec brio et avec tout le génie que l’on attend de lui, la saga Batman qu’il a entamée sept ans plus tôt ; et réussir en même temps à égaler – voire surpasser – son éblouissant deuxième volet, dont les recettes mondiales avaient dépassé quant à elles le milliard de dollars. THE DARK KNIGHT avait suscité un engouement quasi unanime tant à la fois du côté critique que public.
Réinventant complètement l’homme chauve-souris dans une esthétique ultra sombre et travaillant avec beaucoup de méticulosité la psychologie de ses personnages, le réalisateur britannique a propulsé sa saga au rang de mythe du cinéma et a hissé sa côte personnelle au niveau des plus importants metteurs en scène. THE DARK KNIGHT RISES devient alors le projet cinématographique le plus attendu de l’année !

À l’issue du deuxième volet de la trilogie, on avait laissé Batman dans une situation peu réjouissante : après avoir vaincu le Joker, le justicier masqué avait décidé de s’accuser de la mort de Harvey Dent « Double-Face » afin d’épargner l’image de celui-ci auprès de la population de Gotham City, et de préserver le statut du procureur comme véritable instigateur de la baisse de la criminalité dans la ville. Ainsi élevé au rang de héros de façon posthume, Harvey Dent devient le symbole de la sécurité et de la paix, tandis que Batman a définitivement rangé son costume au placard et est redevenu Bruce Wayne, terré dans son luxueux manoir d’où il ne sort plus.

Qu’est-ce qui pourrait bien faire sortir Bruce Wayne de sa tanière ? Qu’est-ce qui pourrait justifier le retour de Batman ? … C’est là que s’ouvre THE DARK KNIGHT RISES. Inutile d’en raconter ensuite davantage, en tout cas sur Go with the Blog, on préfère vous épargner de vous en dire trop. Car l’essentiel est bien ailleurs.
Il est très difficile voire impossible, de décortiquer ce dernier opus de la trilogie sans faire la comparaison quasi permanente avec le précédent. Il faut dire que la similarité entre les titres nous y incite fortement. Et un constat s’impose avec évidence : ce qui détermine la qualité et l’intensité d’un Batman au cinéma, c’est son méchant. Dans THE DARK KNIGHT, l’inoubliable et superbement tragique Joker qu’incarnait Heath Ledger dictait véritablement le ton et l’esthétique du film. Terriblement noir et nihiliste, le long-métrage nous avait impressionné par sa force de caractère et son jusqu’au-boutisme absolu, d’autant plus dans le cas d’un projet cinéma qui reste tout de même un blockbuster aux enjeux financiers colossaux.

Ici, le méchant c’est Bane. Personnage dont on découvre petit à petit le passé et le pourquoi du comment de son allure, celui-ci adopte certes le même projet que le Joker (à savoir mettre à feu et à sang la ville de Gotham et affronter le Batman), mais dans une démarche assez différente, et surtout – et c’est là un point très important ! – politisée. Bane veut prendre le contrôle de la ville, abolir les lois et la justice mises en place par Harvey Dent, et rendre le pouvoir au peuple (enfin, dans sa conception très personnelle). Anarchiste et violent, son projet dément passe par une destruction finale inévitable de Gotham.

Tom Hardy incarne à merveille ce Bane sans foi ni loi, et lui prête son physique imposant et massif, son regard singulier à la fois habité par une haine glaçante et une quête identitaire désespérée. L’acteur réalise un gros travail sur sa voix, sa diction, et surtout sur la manière d’exister physiquement à l’écran, car Bane est un personnage qui porte en permanence un masque lui couvrant une partie du visage notamment la bouche. Pour Tom Hardy, l’interprétation de ce terroriste au crâne rasé est donc ardue (sans mauvais jeu de mots) car tout repose sur sa gestuelle, ses déplacements, et l’expression de ses yeux.

Christopher Nolan semble d’ailleurs avoir un sens inné du casting, en tout cas il parvient à chacun de ses longs-métrages à révéler des comédiens là où on ne les attend par forcément. Dans THE DARK KNIGHT RISES, c’est Anne Hathaway qui nous étonne dans son rôle de Selina Kyle, la voleuse aux oreilles de chatte. Sexy, longiligne, elle impressionne aussi et surtout dans les scènes beaucoup plus physiques. De plus, aidée par des dialogues souvent malins et bien sentis, l’actrice tient haut la barre face aux rôles masculins et rivalise avec aisance avec ces personnages virils.


Du côté de la mise en scène, la maîtrise de Nolan n’est plus à prouver. Il aime alterner des séquences de pur blockbuster, ultra visuelles, grandiloquentes, hyper léchées, avec des passages plus resserrés autour de ses personnages, souvent dans des duos d’acteurs. Dans THE DARK KNIGHT RISES, la formule ne fait pas défaut, cependant l’équilibre entre les deux semble moins évident que dans THE DARK KNIGHT. Si les scènes de dialogues fonctionnent parfaitement, notamment pour toutes celles entre Bruce Wayne et Alfred (beaucoup d’émotion émane à nouveau de cette relation protectrice et bienveillante entre le vieil homme – toujours aussi magistral Michael Caine ! – et l’héritier millionnaire), les prouesses visuelles paraissent légèrement moins impressionnantes que dans le précèdent volet. Il faut dire que Nolan avait hissé le niveau très haut ; mais ici, qu’il s’agisse de poursuites de voitures/camions/motos, de gunfights, d’affrontement entre des milliers de figurants, on reste sur notre faim et on regrette un manque de justesse dans le montage et les mouvements de caméra, empêchant de prendre de la hauteur et de donner de l’envergure à ces séquences précisément (par exemple, la bataille sous la neige entre les milliers de policiers contre les hommes de main de Bane, est somme toute ratée, vigueur et sens chorégraphique lui faisant clairement défaut).

On émet également de très grosses réserves sur le duel final entre Batman et Bane, à la fois pour son manque d’attrait visuel et d’énergie, sa banalité un peu déconcertante dans sa résolution. Cela contraste d’autant plus que le premier combat physique entre les deux personnages avait été au début du film un moment de violence et de nervosité cinématographiquement très bien rendu.

Le défi de Christopher Nolan avec THE DARK KNIGHT RISES est peut-être un des plus difficiles à relever : alors qu’il a réussi l’impossible en reprenant à zéro la saga Batman après l’inoubliable diptyque gothique de Tim Burton dans les années 90 (salué par la critique et par les fans), il lui faut surpasser sa propre œuvre. THE DARK KNIGHT avait quasiment tout dit sur Bruce Wayne et son double masqué, mais surtout le long-métrage avait tenu le pari fou d’allier un scénario complexe, psychologisant, profondément sombre et violent, avec une mise en scène épique et crépusculaire.

THE DARK KNIGHT RISES revient à un schéma beaucoup plus classique du film de super-héros où on retrouve par moments et à regret cette impression de cahier des charges bien rempli. Sauvée in-extremis par ses 5 dernières minutes qui sont d’ores et déjà vouées à séduire le fan, la fin de THE DARK KNIGHT RISES peine pourtant à atteindre le climax tant espéré.
Manque de prises de risques, difficulté à se réinventer, scénario trop faible, inutilement alambiqué et en décalage avec son époque (la destruction de New York qui renvoie aux évènements de 2001 n’a t-elle pas été déjà maintes fois exploitée au cinéma ?!), un méchant moins singulier et moins habité … ? La légende du chevalier noir s’achève avec un petit goût amer et quelques regrets.

THE DARK KNIGHT RISES, sortie en France le 25 juillet 2012.

Article rédigé par Elle.

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8 commentaires

  1. Très bon article Elle.
    J’essaie d’en savoir le moins possible sur le film, le découvrir pleinement et c’est le premier « truc » que je lis dessus, si si. Bizarrement, je ne suis pas surpris par ton avis. La barre avait été mise très (trop ?) haute avec le précédent opus et il est impossible, même avec toute la meilleure volonté du monde, de ne pas faire de comparaison.
    Rien à voir, mais ça me fait penser que les volumes 2 des trilogies sont quelquefois les meilleures ou les plus excessives et le dernier laisse toujours un goût d’inachevé (« Evil Dead », « Spiderman », « Le Parrain », « Retour vers le futur », … tiens, même si Burton avait fait un 3ème volet, son « Batman le défi » était impossible à égaler).
    En tout cas, j’irai le voir quand même car tu donnes un avis pertinent su le film sans en dévoiler ses recettes. Ca donne donc envie !

  2. Je te remercie une fois de plus, ça me fait plaisir, merci. 🙂

  3. Très bon article en effet. Peut être le meilleur (en tout cas le plus developpé) de ta part:).
    Le scénar’, absorbe parfaitement les sujets actuels comme la bourse, la menace terroristes. Je suis un peu réservé sur l’ antinomie forte qui est mise en avant entre l’ordre sécuritaire (loi Dent,sorte de Patriot Act) de Gotham et la pseudo démocratie populaire teintée d’ anarchie. Surtout, que bien évidemment, les bons (ici les tenants du sécuritaire) s’ en sortent ce qui prète le flanc à la critique sur les valeurs réac’ pronées de manière sous jacentes par le film.
    Sur le casting, A Hathaway constitue en effet une bonne suprise, dans un style de Catwoman très opposé de celui imaginé par Burton . J Gordon Levitt a un rôle peut être en partie prévisible mème si je n’ ai aucun reproche sur sa prestation. Toujours aussi agréable de voir Freeman et M Caine .
    Sur le « cas » Cotillard, j’ ai quelques regrets : son personnage est pour fois (à contrario de ses précédents films américains) plus « actif » dans le film et surtout dans le dénouement, mais elle manque un peu de crédibilité. Son « retournement de veste » est mal amené, ne suscite pas d’émotion particulière selon moi.
    Concernant le twist final, il est en partie prévisible. J’ aurai trouvé plus adéquat qu’ il y n’ y en ait pas, ce qui serait plus rentré en adéquation avec la noirceur du film et le personnage de Wayne, ses tourments ,ses doutes . Le personnage est assez complexe d’ ailleurs car il semble parfois investi d’ une mission et pourtant considère (si je ne dis pas de bétises) que tout le monde peut être Batman.
    @Bruce: dans les trilogies, tu peux aussi rajouté « L’ empire contre attaque ». Par contre, le deuxième Indiana Jones (et le temple maudit) serait pour moi l’ exception qui confirme la règle

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