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LA FORME DE L’EAU : Some Kind of Monster

Après avoir récemment réalisé PACIFIC RIM en 2013 et CRIMSON PEAK en 2015, le réalisateur mexicain Guillermo del Toro revient aux sources de son cinéma avec LA FORME DE L’EAU. Le film, déjà encensé par la critique et bien lancé pour les Oscars 2018, débarque en France sans se mouiller, avec en poche les Golden Globes 2018 de Meilleur Réalisateur et Meilleure Bande Originale de film.

Maître conteur sur un monstre penché, tenait en ses mains une histoire. Féru de monstres en tout genre, Guillermo del Toro nous fait découvrir ici un être aquatique qui saura retenir toute votre attention.
Vivant une vie au quotidien routinier, Elisa est une modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultra secret situé à Baltimore. Son existence se voit chamboulée lorsqu’elle & sa collègue Zelda découvrent l’existence d’une expérience encore plus secrète que les autres …

Conteur dans l’âme, Del Toro nous immerge dans cette mystérieuse atmosphère avec subtilité. En effet, cet aspect de conte mystique est mis en avant dès la première scène du film. L’histoire nous entraîne en pleine Guerre Froide, au cœur des années 60. Ce mystérieux être aquatique fait alors l’objet de toutes les convoitises. On ne vous en dévoile pas davantage, c’est classé secret-défense ! 😉

Si le scénario – très bien raconté -, est simple dans sa construction, le film devient poétique et intense émotionnellement grâce au travail d’élaboration de chaque personnage. Les profondes relations qui lient les différents protagonistes ancrent le récit dans cet univers poétique.

La première scène de LA FORME DE L’EAU nous happe facilement grâce à ses personnages. Elisa, le personnage principal, est muette, ce qui rend le film intéressant de part son traitement vis-à-vis de ce handicap. Par ailleurs, la relation qui se noue entre le ‘monstre’ et Elisa est d’autant plus captivante qu’elle nous est montrée en grande partie par l’image, sans beaucoup de dialogues forcément.

Les deux amis d’Elisa, Zelda et Giles, permettent quant à eux de dresser le tableau des années 60 : ségrégation, conception et évolution du travail, … De l’autre côté, le méchant de l’histoire Richard, avide d’argent et de pouvoir, se fait un malin plaisir à nous torturer.
Vous l’aurez compris, le gros point positif de LA FORME DE L’EAU ce sont ses personnages élaborés. Et la créature dans tout ça ?! … J’y viens.

Comme à son habitude, Guillermo del Toro privilégie la place des monstres dans ses films. Ici, la créature est un personnage à part entière, sans artifices. Aux fausses allures du monstre du Loch Ness, cet être aquatique nous émerveille de par ses émotions et son évolution durant le récit.

Le character design de cet amphibien est fortement inspiré du film L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR (1954). Il a fallu plus de neuf mois au cinéaste mexicain et à son équipe pour élaborer le design de la créature.
Ce monstre paraît d’autant plus réel qu’un acteur est bel et bien dans un costume pour l’incarner ! En effet, il s’agit de l’excellent Doug Jones (CRIMSON PEAK, LE LABYRINTHE DE PAN, HELLBOY), l’un des acteurs fétiches de Guillermo. Il a d’ailleurs passé trois heures chaque jour pour se glisser dans le costume. Selon lui, ce n’était rien comparé aux costumes précédemment portés pour les personnages de Del Toro ! Mais au-delà du costume, sa gestuelle et son jeu nous font pleinement ressentir les émotions de cet être fascinant.

Le reste casting du film est tout aussi bon. Très belle performance notamment de Sally Hawkins (BLUE JASMINE, PADDINGTON  et PADDINGTON 2) dans le rôle d’Elisa. On retrouve également l’actrice Octavia Spencer (LES FIGURES DE L’OMBRE) qui incarne Zelda, l’ami d’Elisa (il y a d’ailleurs un petit clin d’œil au film LES FIGURES DE L’OMBRE).

Guillermo del Toro se démarque du Hollywood system en réalisant un film d’auteur original et singulier. Sa mise en scène est fluide et organique. Mêlant rire et tension, il rythme son œuvre par l’humanité naturelle de nombreuses scènes qui nous touchent efficacement (comme la scène du sel, ou encore celle des claquettes).

De plus, le cinéaste y glisse de nombreuses références aux années 60 aussi bien musicalement (« La Javanaise ») que cinématographiquement.
Indiscutablement impliqué dans cette œuvre personnelle, le réalisateur mexicain est allé jusqu’à prêter sa voix pour créer celle du monstre. L’autre vrai plaisir de ce film, c’est de retrouver des effets spéciaux mécaniques sans une flaupé de fonds verts et d’incrustation 3D ; le récit n’en est que plus crédible et réaliste. En tant que grand connaisseur des effets spéciaux, Guillermo del Toro trouve la bonne synergie entre les effets mécaniques et les effets spéciaux numériques, utilisés  quant à eux avec parcimonie. Les décors de LA FORME DE L’EAU  tapissent d’ailleurs le film d’une aura unique et immersive.

Enfin, comment parler de LA FORME DE L’EAU sans s’attarder sur l’excellente bande originale composée par le français Alexandre Desplat ?! Elle nous enivre entre jazz, flûte, violon, xylophone, et accordéon. Lorsqu’un film vous expose une palette musicale aussi riche et fournie, vous ne pouvez que savourer. Mention spéciale à la reprise de « La Javanaise » par Madeleine Peyroux.
Et pour l’anecdote, sachez que Alexandre Desplat donne sa voix pour le sifflement mélodique du thème principal du film.
Vous pouvez vous procurer directement la bande originale de LA FORME DE L’EAU via ce lien.

Guillermo Del Toro signe ici une œuvre originale et personnelle, véritable ode aux contes. À contre courant des blockbusters hollywoodiens, ce film d’auteur pointe le bout de son nez avec tendresse. Aficionados de monstres ou non, nous vous conseillons vivement de foncer voir LA FORME DE L’EAU ! Vous ne devriez pas être déçus.

On vous laisse sur une citation de Guillermo Del Toro qui résume bien son univers :


Le sous-sol de la ville est comme ce qui est souterrain chez les gens.

Sous la surface, il fait bouillir des monstres.

 

NDLR : Si les effets spéciaux mécaniques vous intéressent, on vous invite à regarder le documentaire LE COMPLEXE DE FRANKENSTEIN, où Guillermo del Toro lui-même nous donne  son ressenti sur ce monde qu’il connaît parfaitement.

NDLR 2 : Une projection de HELLBOYLE LABYRINTHE DE PANL’ÉCHINE DU DIABLE  est organisé au cinéma Max Linder à Paris dans nuit du 24 au 25 février 2018.  Pour plus d’informations : Max Linder – Nuits au Max.

LA FORME DE L’EAU, sortie en France le  21 février 2018.

Article rédigé par Théotime.

 

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4 commentaires

  1. Redacteur, thank you for this post. Its very inspiring.

  2. MacDailyNews

    Redacteur, thanks! And thanks for sharing your great posts every week!

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