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A MOST VIOLENT YEAR : capitalisme, ton univers impitoyable …

A MOST VIOLENT YEAR - affiche France film JC Chandor - Go with the BlogNew York 1981.
Abel Morales, immigré épris du rêve américain, est à la tête d’une société pétrolière en plein développement. Viscéralement attaché à l’idée de mener honnêtement son affaire, il se retrouve confronter au doute et à des problématiques complexes quand plusieurs de ses conducteurs de camions se font violemment braquer leur cargaison de pétrole sur la route. À cela s’ajoutent des menaces de plus en plus fortes sur lui et sa famille, pour tenter de le faire renoncer à son business.

Abel est alors acculé par la pression de son responsable des transports, celle de son épouse inquiète pour sa famille, et celle d’un milieu concurrentiel et sans scrupules.

Avec A MOST VIOLENT YEAR, le réalisateur J.C. Chandor livre une vision sans concession du capitalisme dans tout ce qu’il a de plus violent et de plus impitoyable, faisant ainsi directement le lien avec sa toute première réalisation MARGIN CALL.

On avait découvert le réalisateur américain J.C. Chandor en 2012 avec un premier long-métrage couillu et ambitieux, puisqu’il s’attaquait ni plus ni moins qu’à la faillite boursière historique de la société Lehman Brothers Investissements en 2008, qui avait entraîné dans son sillage un vacillement terrible de tous les marchés financiers mondiaux. Avec MARGIN CALL, il osait un film très bavard, très technique aussi dans son langage financier, et qui racontait comment en une nuit, l’histoire économique mondiale s’est jouée entre les murs des bureaux de la société.
Pourtant, il signait en même temps un film passionnant au casting extraordinaire, construit comme un thriller haletant, quand bien même nous en connaissions déjà l’issue.

Avait suivi un film radicalement différent, ALL IS LOST, pour le coup quasiment sans dialogues, avec un Robert Redford marin égaré au milieu de l’océan.

A MOST VIOLENT YEAR - image du film Oscar Isaac Jessica Chastain 3 - Go with the Blog
Ici, A MOST VIOLENT YEAR se rapproche très clairement de MARGIN CALL : derrière l’histoire singulière de cet immigré chef d’entreprise qui tente de s’imposer sur le marché de la livraison de pétrole à New York dans les années 80, se dessine surtout une violente peinture du capitalisme dans sa forme la plus radicale, entre corruption, menaces, et permis de tuer si nécessaire.

Clairement inspiré des films du regretté Sidney Lumet, A MOST VIOLENT YEAR fait preuve de beaucoup d’intelligence dans sa réalisation, en utilisant habilement des décors extérieurs de la banlieue new-yorkaise rarement vus au cinéma, des points de vue  bien sentis sur Manhattan au loin, et reconstituant avec soin le début des années 80 dans son côté clinquant et parfois tape-à-l’oeil (on en veut pour preuve notamment les tenues du personnage de Jessica Chastain, ou encore la demeure familiale du couple).
A MOST VIOLENT YEAR - image du film Oscar Isaac Jessica Chastain 7 - Go with the Blog
Surtout, ce long-métrage sophistiqué, propose une approche de son sujet vraiment originale, offrant une atmosphère très singulière comme on en voit que trop rarement. Polar à la tension de plus en plus accrue et à la violence finalement très peu montrée à l’écran (et pourtant si présente tout au long du récit), le film plonge peu à peu son personnage principal dans la spirale infernale du business de l’or noir où personne ne se fait de cadeaux.

J.C. Chandor utilise brillamment les décors et le climat (le film a été tournée en janvier 2014 pendant un hiver très rigoureux à New York, et la neige omniprésente, devient un élément très pertinent dans la mise en scène !) ; surtout, il dirige une nouvelle fois ses acteurs avec beaucoup de talent ! Oscar Isaac qui interprète Abel Morales, donne beaucoup de profondeur et de relief à son personnage. Il insuffle à chaque instant à l’écran, toute la détermination inébranlable d’un homme pourtant pris à la gorge.
A MOST VIOLENT YEAR - image du film Oscar Isaac Jessica Chastain - Go with the BlogÀ ses côtés et aussi face à lui, Jessica Chastain lookée façon Sue Ellen dans la série télévisée DALLAS, alterne entre la femme fatale et la mère au foyer protectrice et angoissée. Son personnage se révèle à la fois la partenaire indispensable de son mari chef d’entreprise, et en même temps une ennemie intime effroyable.

Là où on trouvera à redire, c’est en revanche du côté du rythme et de la durée du long-métrage : A MOST VIOLENT YEAR aurait probablement gagné en tension et en intensité avec une bonne quinzaine de minutes de moins, même si on a bien saisi que certaines lenteurs participent également à l’atmosphère de l’histoire.
Mais il faut reconnaître que plusieurs scènes auraient peut-être pu être montées et coupées différemment pour permettre au spectateur d’y trouver davantage d’empathie pour les personnages.

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Thriller économique brillant dans sa mise en scène, A MOST VIOLENT YEAR concilie à la fois le récit d’une descente aux enfers d’un individu pris dans le cercle vicieux du business pétrolier, et une peinture sans concession de l’économie de marchés et de la course aux profits, égratignant encore un peu plus le mythe de la success story et du rêve américain.

Après trois longs-métrages, J.C. Chandor semble déjà s’imposer comme un cinéaste témoin de son époque, absolument incontournable !

Retrouvez notre article sur MARGIN CALL, le premier film de J.C. Chandor.

A MOST VIOLENT YEAR, sortie en France le 31 décembre 2014.

Article rédigé par Elle.

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15 commentaires

  1. alors ce film …… n’ayant pas lu le résumé avant d’aller le voir j’ai mis un moment a savoir de quoi parlait ce film et aussi a comprendre son but …
    il m’a laissé complétement stoïque , il ne m’a provoqué aucune émotion, ni j’ai aimé ni j’ai détesté.

    film inutile a mon avis mise a part les fauteuils confortable le coca et les bonbons lol. pourtant les acteurs étaient bien je trouve (surtout elle la future actrice de Xavier^^)mais l’histoire et le scénario complétement plats.

    • Hello,

      Étonnant que tu sois restée à ce point de marbre face à ce film … Bon, ça arrive, ceci dit 🙂
      Je te concède que le premier quart d’heure du film est un peu obscur, on a du mal à rattacher les éléments entre eux (comme toi, je n’avais quasiment rien lu sur l’histoire avant d’aller le voir !).
      Néanmoins, une fois que les enjeux du récit sont mis en place, il y a une tension permanente vraiment palpable, et surtout je trouve qu’on sent vraiment bien comment l’étau se resserre sur le personnage principal !

      Merci pour ton avis en tout cas, à bientôt ! 🙂

  2. Dense
    En dépit du deal initial qui semble annoncer de mauvaises augures et l’enchainement de tracas qui s’abattent de manière un peu appuyé sur cet « honnête » homme d’affaire, le film demeure remarquable. De ceux qui restent longtemps après la projection, ou des questions s’ajoutent quand à ce qui s’est passé, qu’elle est le degré de réalité de cette droiture revendiqué par le personnage principal, la manière dont les choses vont évoluées.
    Très soft dans la violence visuelle, le titre ne ment pourtant pas. La violence est partout, dans l’actualité, dans les actes, les conséquences, les esprits. Tension quasi permanente.
    Le film flirte avec les thèmes du Parrain 2. C’est dire ou est placé la barre.
    Le dernier bon film de l’année? J’sais pas encore il m’en reste à voir. Celui-là frétille pour rentrer dans le top 10 de l’année.
    PS: Il est 9e et j’ai plus rien à voir. J’ai loupé qqc ou le(s) top(s) the gwtb ne sont pas en ligne?

    • Bonjour widescreen,

      Merci pour ton avis très pertinent sur le film ! Tu trouves les mots justes pour retranscrire cette tension si forte du film, et cette violence qu’on ne voit pas, mais tellement présente.
      On a aussi hésité à le mettre dans nos Tops Cinéma 2014. Il n’y sera pas, mais il aurait pu avoir sa place.

      On publie nos Tops Cinéma 2014 cette semaine sans fautes, promis 😉

      • Ben voilà, la preuve. Pas la peine de faire son top 10 avant le 31/12. Cold in july n’y est pas mais aurait pu s’y glisser aussi.

        • Ah oui, on est d’accord, c’est bien justement pour cela qu’on attend aussi d’avoir changé d’année pour faire nos Tops Cinéma, il y a parfois des films qu’on n’attendait pas & qui viennent nous surprendre au dernier moment ! 😉

  3. A most violent Year soit 1981, l’année la plus violente pour New York on l’on suit les postes de radio annoncés délits et meurtres en continue… Dans cette atmosphère noir, on suit ici Abel Morales (Oscar Isaac) , un immigré qui est en train de faire fortune dans le pétrole, jusqu’à ce que tous tous les éléments se liguent contre lui et malgré lui… Un thriller très sombre et très prenant on l’on voit notre personnage principal se battre avec ses principes moraux qui vont pourtant à l’opposé de ce monde violant et corrompu. Cette ambiance angoissante est saupoudrée de quelques « sursauts » très bien placés.. à noter une scène de course poursuite mémorable.. A voir pour passer 2 très bonnes heures à la recherche de ce difficile et froid rêve américain.

    C’était un commentaire fait à chaud mais il est vrai que les émotions peuvent être difficiles à ressentir si l’on arrive pas pas à se plonger complétement dedans, le rythme lent n’aidant pas, mais ça a été une très bonne surprise pour moi.

    • Hello Spe64,

      Et bien pour un commentaire à chaud, il est super intéressant ! Merci à toi tout d’abord.
      Tes louanges pour ce film font plaisir, on te rejoint complètement.

      C’est vrai que l’apparente lenteur du récit (au moins pour les 3/4 du film) peut un peu bloquée, néanmoins la tension est si forte, le film si intense et nerveux, que l’on est embarqué.
      Tu fais bien de noter la course poursuite que je n’ai pas mentionné, elle mérite qu’on en parle en effet !

  4. J’ai lu l’avis de « Elle » ainsi que les commentaires. Je pense aller le voir, afin de me faire ma propre opinion 😉 Je vous tiendrais au courant 🙂

    • Hello,

      Merci mille fois, nous sommes ravis de voir que les échanges sur cet article te donnent envie de voir le film, c’est génial ! 😉
      À très vite, en espérant découvrir ton avis également !

  5. Isabelle de Guinzan

    Je l’ai vu hier soir et j’avoue avoir été un peu déçue. Sans doute à cause des excellentes critiques que j’avais lues partout ! Car j’ai bien aimé tout de même, c’est un beau film, indéniablement mais je ne crois pas qu’il me marquera plus que ça…

    • Bonjour Isabelle,

      Merci beaucoup de ton avis sur le film ! 🙂
      Et bien écoutes, c’est tout à fait normal de ressentir un film différemment … Par ailleurs, ce n’est jamais évident de voir un film dont on a entendu et lu des louanges partout, on en attend toujours beaucoup, inévitablement.

      À bientôt sur Go with the Blog ! 😉

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