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ROYAL AFFAIR : l’histoire trouble de la royauté danoise

ROYAL AFFAIR est un film danois. C’est aussi un film historique et en costumes. Et là, je vous vois déjà prendre vos jambes à votre cou … mais restez encore un peu !

Le réalisateur Nikolaj Arcel s’impose petit à petit comme une figure importante du cinéma danois. Scénariste de la première adaptation cinématographique de MILLENIUM, il a obtenu l’Ours d’argent du meilleur scénario à la Berlinale 2012 pour le film dont nous parlons ici.

ROYAL AFFAIR s’empare d’un épisode assez méconnu de l’histoire du Danemark : en 1770, c’est Christian VII qui est sur le trône du pays, marié à la jeune anglaise Caroline Mathilde, qui s’ennuie fermement aux côté d’un roi inconséquent et incontrôlable, sur lequel se portent des soupçons de maladie mentale. Inquiets, les ministres du royaume décident de lui adjoindre en permanence les services de Johann Friedrich Struensee, médecin allemand libéral et humaniste, grand lecteur des philosophes des Lumières. Son arrivée au sein de la monarchie du pays va alors tout bouleverser, jusqu’à l’impensable …

Derrière ses allures de film historique, ROYAL AFFAIR est avant tout le récit d’une histoire d’amour impossible d’une puissance assez extraordinaire. Alors oui, les histoires d’amour au cinéma, ce n’est pas ce qui manque, et vous êtes en droit de vous demander en quoi celle-ci se distingue-t-elle de toutes les autres. C’est justement le contexte historique et la portée de cette relation interdite qui rendent le récit de cet amour extrêmement fort.

Le spectateur n’est pas pris par surprise, on devine assez tôt dans la narration le rapprochement sensuel et charnel entre la reine Caroline Mathilde et le médecin Struensee. Pourtant les scènes où ils sont ensemble, parviennent à atteindre une puissance évocatrice bluffante et saisissante. Il faut dire que ROYAL AFFAIR bénéficie du talent de comédiens dont la subtilité de leur interprétation n’a d’égal que la sensibilité qu’ils insufflent à leur personnage respectif. La jeune Alicia Vikander, actrice suédoise et véritable révélation ici, irradie tout du long le film de sa grâce naturelle et légère, et impressionne aussi par sa faculté à nous faire ressentir tout le désarroi et la douleur de femme, d’épouse, d’amante puis de jeune mère de la reine Caroline Mathilde.

À ses côtés, Mads Mikkelsen qu’on ne présente plus, incarne le médecin allemand et livre une nouvelle fois une partition sans fausse note et affolante de justesse. La souffrance retenue et indicible de son personnage nous saisit et ne nous lâche plus, donnant à voir à la fois la superbe de son amour et la terrible impasse dans laquelle il s’engage. Ce qui est également très intéressant dans la direction d’acteurs du film d’une façon générale, c’est l’aspect assez contemporain de leur jeu. Le réalisateur Nikolaj Arcel a visiblement préféré ne pas plomber son long-métrage par un jeu trop académique et recherchant à tout prix à coller parfaitement aux expressions et à la diction du XVIIIème siècle. Sans bafouer la dimension historique de ROYAL AFFAIR, ce procédé permet en tout cas une plus grande proximité et une réelle empathie avec les personnages.
On se doit aussi de mentionner l’impeccable Mikkel Boe Folsgaard qui dans ses habits de roi fantasque et débridé, complète un trio de comédiens totalement au service du film.

Il faut savoir que le sujet traité par ROYAL AFFAIR  a longtemps été complètement ignoré des programmes d’Histoire, tant au Danemark qu’en France par exemple où l’on attribue la primauté de la pensée révolutionnaire et sociale aux seuls philosophes des Lumières. L’idée ici est de rappeler que, dans une moindre mesure, ce qui se passe au Danemark en 1770 préfigure les révolutions européennes vingt années plus tard. Le réalisateur a su exploiter ce terreau historique avec là aussi, une certaine ingéniosité. Sans chercher absolument la grande fresque historique, il réussit à trouver le juste équilibre entre son histoire d’amour (qui reste avant tout le cœur de la trame scénaristique) et cet épisode important de l’Histoire.
Ses personnages, pris au piège de leur condition et de leur rang, en deviennent d’une certaine manière des figures symboliques. Déracinés tous les trois (soit ils ne vivent pas dans leur pays natal, soit ils ont été placés contre leur gré à une place inadaptée pour eux, comme c’est le cas de Christian VII), ils sont en quête de repères et de nouveaux idéaux.


Film romanesque, touchant et aussi sensuel, ROYAL AFFAIR bénéficie d’un casting impeccable et d’une somptueuse réalisation. Décors et costumes participent à la beauté de l’ensemble ; la grande justesse de ton et les choix intelligents de mise en scène contribuent à rendre cette histoire passionnante, sans jamais exclure le spectateur. Une vraie réussite.

ROYAL AFFAIR, sortie en France le 21 novembre 2012.

Article rédigé par Elle.

 

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