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LOST RIVER : les mondes engloutis de Ryan Gosling

LOST RIVER - Affiche français FRANCE the Jokers Films - Go with the BlogÀ force de passer du temps avec Nicolas Winding Refn, le cinéaste danois qui lui a offert ses deux rôles les plus intenses jusque lors (DRIVE en 2011, et le percutant ONLY GOD FORGIVES en 2013), il n’est pas très étonnant de voir Ryan Gosling être piqué par l’envie de réaliser son propre film !

L’acteur canadien, trop vite estampillé ‘belle gueule d’Hollywood’, s’évertue depuis plusieurs années à s’éloigner de cette image de sex-symbol qui lui colle aux basques, et il poursuit cette quête acharnée avec la réalisation de son premier film, LOST RIVER.

Autant le dire de suite, LOST RIVER est un film assez exigeant, une œuvre de cinéma pleine, à l’esthétique très singulière. Pour autant, il y a du fond et de la forme dans ce premier long-métrage qui se révèle à la fois ambitieux et étourdissant.

Dans une ville paumée des États-Unis, frappée de plein fouet par la crise économique et sociale, les habitants tentent de résister comme ils le peuvent à l’expropriation de leurs maisons. Billy, mère célibataire de deux enfants, doit trouver rapidement une solution pour payer les traites de sa maison familiale. Elle accepte alors un job de nuit dans un mystérieux Club en extérieur de la ville. Son fils aîné, Bones, vole du cuivre dans les ruines de maisons abandonnées pour ramener un peu d’argent. Il découvre un jour une route perdue dans la végétation, qui mène à une ancienne partie de la ville, engloutie sous un lac artificiel.
LOST RIVER - Image du film 3 Ryan Gosling - Go with the Blog
Scénariste de son film, Ryan Gosling a clairement voulu livrer une première œuvre personnelle, qui lui ressemble, inspirée tant par son vécu, ses expériences de vie, que par son parcours en tant qu’acteur. LOST RIVER est allé chercher son sujet et son terreau loin de Los Angeles et des Studios hollywoodiens. Tourné en partie à Detroit et dans la banlieue de la ville du Michigan, LOST RIVER pose son regard sur une population écrasée par la crise et la faillite d’un système économique. De ces gens de l’ordinaire, Ryan Gosling en dessine des portraits de personnages au destin extraordinaire ; et tel un conte fantastique, il parsème son récit d’éléments narratifs parfois hors du réel, parfois totalement allégoriques.

Le réalisateur entraîne ces héros du quotidien dans des chemins de traverse souvent dangereux, au péril de leurs propres vies, à la frontière de l’enfer. Mais cette descente dans les bas-fonds d’un monde sombre et cruel, s’apparente davantage à une sorte de résurrection ou d’émancipation salvatrice, une guérison du mal par le mal.
LOST RIVER - image du film Christina Hendricks - Go with the Blog

C’est à des acteurs qu’il connaît bien et qui lui sont proches que Ryan Gosling a confié la plupart des rôles majeurs de LOST RIVER. Sublime en mère courage prête à tout pour protéger les siens, Christina Hendricks (rencontrée sur le tournage de DRIVE) trouve ici un rôle sensible et intense, particulièrement dans quelques scènes éprouvantes tant pour son personnage que pour le spectateur.

Outre Eva Mendes (compagne à la ville de Ryan Gosling) présente ici dans un rôle secondaire mais important du point de vue narratif, on retrouve également le génial mais flippant Ben Mendelsohn, figure métaphorique de l’ogre capitaliste et aussi de la perversion humaine.
Deux jeunes comédiens complètent ce casting, à savoir la délicate et évanescente Saoirse Ronan, et Iain De Caestecker que l’on découvre ici, incarnant ni plus ni moins qu’un double adolescent de Ryan Gosling lui-même (qui a eu la bonne idée de ne pas jouer dans son propre film, préférant se concentrer sur la mise en scène).
LOST RIVER - Image du film Saoirse Ronan - Go with the Blog

Audacieux, ambitieux, foisonnant et débordant d’idées tant narratives que visuelles, LOST RIVER déploie une mise en scène à la noirceur fascinante. Bien évidemment, on y reconnaît de façon assez flagrante bon nombre d’influences de réalisateurs qui ont jalonné le parcours de Ryan Gosling (en particulier Nicolas Winding Refn pour les couleurs très appuyées, les éclairages au néon), ou encore de cinéastes assez incontournables dans le cinéma de genre (David Lynch ou Dario Argento pour ne citer que les plus évidents).

Néanmoins, ce qui est franchement intéressant avec LOST RIVER, c’est que la forme et l’esthétique sont totalement au service du fond et du propos du film. Il n’y a jamais de scènes inutiles, mais au contraire chacune fait progresser le récit. Il n’y a pas non plus de plans abscons, mais tout fait sens. Gosling n’égare jamais ses personnages : en réalisateur et scénariste bienveillant, il a à cœur de les faire avancer en permanence, même si c’est par moments dans des couloirs obscurs, labyrinthiques et inquiétants. LOST RIVER - image du film Christina Hendricks Reda Kateb - Go with the Blog

On ne crie pas bien entendu au génie trop vite, et comme on le disait en introduction, on a affaire ici à un cinéma singulier, plutôt exigeant, et très loin des codes des films pop corn. Pour autant, LOST RIVER fascine, ne laisse pas indifférent, ouvre le débat, et nous entraîne aux confins de cette citée engloutie, oubliée, hantée par un passé peuplé de non-dits, exactement à l’image de la plupart des personnages de ce film, qui ont tous leurs mystères, leurs secrets, leurs parts d’ombre.

Derrière son apparence de conte cauchemardesque, LOST RIVER se révèle probablement comme une sorte d’introspection surprenante de la part de son réalisateur, que l’on n’attendait finalement pas avec un premier film aussi personnel, voire intime à bien des égards.

LOST RIVER - Image du film 4 Ryan Gosling - Go with the Blog
Véritable moment de cinéma intense, sombre & passionnant, LOST RIVER révèle un Ryan Gosling réalisateur à l’univers très marqué, où se côtoient des références aussi prestigieuses que Nicolas Winding Refn, David Lynch, ou encore Dario Argento pour ses scènes les plus cauchemardesques.
Un premier long-métrage ambitieux et étourdissant !

Retrouvez notre article complet sur la Masterclass de Ryan Gosling à Paris.

LOST RIVER, sortie en France le 08 avril 2015.

Article rédigé par Elle.

LOST RIVER - Poster US Title rose - Go with the Blog

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12 commentaires

  1. Je l’ai vu ce matin, et je suis bien incapable de dire si j’ai aimé ou pas. Autant j’avais détesté Only God Forgives, mais ce film là ne laisse pas indiffèrent.Gros point pour la musique qui est envoutante du début à la fin. L’ambiance du film est glauque, malsaine, poétique, mais qui attise la curiosité jusqu’a la fin, en particulier toutes les scènes dans le cabaret (une en particulier m’a fait détourner les yeux).

    Après, je ne peux pas me prononcer, mais c’est sur que Ryan Gosling à un univers bien à lui.

    A voir s’il persiste dans cette voix ou pas

    • Coucou Eleane,

      Merci beaucoup de ton ressenti sur le film, c’est très intéressant. Je comprends totalement que LOST RIVER puisse laisser dubitatif, et avec un sentiment mitigé, ou incertain.
      En tout cs, même si tu ne sais pas si le film t’a plu pu pas, tu en parles de manière très intéressante !!
      Si tu as aimé la musique de LOST RIVER, je t’invite à jeter un œil à l’article que nous avons spécialement consacré à la BO de LOST RIVER >>

      Merci beaucoup pour ton avis ! 😉

  2. Belle surprise que ce film à maints égards surprenant. Surprenant de la part d’un Goslin, bon acteur un peu limité dans une sorte de fadeur qui fait émergé l’auteur de ce film vers qqc de bcp plus trouble et qui révèle une culture plus vaste que celle d’un acteur « us » basique, énorme bon point. Le choc sera avant tout visuel (couleurs, décors…) et sonore en se diluant au fur et a mesure, scénaristique aussi, en moins grande réussite. Le début est grandement prometteur avec un certaine fureur qui fait pschiiiit dès lors que les diverses attaques ne sont pas à la hauteur des menaces viscérales. Trop de dilution dans des sous intrigues et des personnages importants mais qui ne font que traverser sans réel pouvoir sur l’intrigue. Ref. évidentes et ré-expliquées, affirmées partout, au final l’objet à plus les allures d’un (compatriote) Guy Maddin mieux structuré in color. L’impact publicitaire autour du film lui nuit certainement un peu aussi, l’attente suscité sur-vendant de réelles qualités en le réduisant à un film plus hype qu’abouti. Mais bon le métrage fait également son petit travail d’arrière goût pas désagréable.
    Ps: J’ai choisie une grande salle pour voir le film. Une petite peut le rendre possiblement plus intimiste.

    • Bonjour widescreen,

      C’est toujours un peu le problème quand un acteur très connu & qui bénéficie d’une certaine « hype », réalise son 1er film. On en attend toujours beaucoup + que de n’importe quel réalisateur lambda qui fait un 1er film.

      Perso, je trouve que ceux qui rejettent en bloc & sans discernement LOST RIVER, me rappellent beaucoup ceux qui avaient cassé du sucre sur le dos de Johnny Depp quand il a réalisé THE BRAVE à la fin des années 90 (son seul & unique film comme réalisateur d’ailleurs, le déchaînement médiatique ayant vraisemblablement eu raison de ses aspirations en tant que metteur en scène).

      Perso, j’adore THE BRAVE, non pas par fanatisme pour J.Depp, mais parce que je trouve que c’est un film intéressant à bien des égards, y compris dans ses maladresses.
      LOST RIVER est un peu dans ce même esprit.
      Bien sûr, LOST RIVER est maladroit par moments, bien sûr il n’a pas pleinement digéré ses influences, bien sûr il y a certains facilités aussi …
      Néanmoins, Ryan Gosling arrive dans la famille des réalisateurs avec une vraie proposition de cinéma, quelque chose de singulier, qui contourne la facilité. Et « hype » ou pas, perso je m’en fiche pas mal. LOST RIVER m’a vraiment enthousiasmée, m’a enchantée et m’a surtout donné très envie de le voir faire d’autres films !!

  3. En lisant cette critique, jai vraiment été replongée dans le film, c’est très bien écrit! Merci!
    J’ai vu Lost River deux fois depuis sa sortie (ça m’aide a mieux apprécier les films, en me concentrant la première fois sur l’histoire, et l’autre sur vraiment les plans, l’esthétisme, etc) Et après les deux séances j’ai vraiment eu du mal a reparler. Je ne voulais pas savoir l’avis de mes amis, car je voulais tout d’abord construire le mien. LOST RIVER est le genre de film où je ne peux pas vraiment dire j’aime ou j’aime pas, pour moi c’était comme une expérience. Ryan Gosling a réussi par ses plans, ses décors, ses lumières, à me transporter ailleurs. Personnellement j’avais l’impression de vivre avec les personnages ce qu’ils vivaient. Notamment grâce à la superbe bande son qui nous tient en suspens, nous surprend parfois, et nous promène toujours. Pour tant quand j’ai lu le résumé sur le site du cinéma, cela me paraissait très basic, et revu: une mère tente de subvenir à ses besoins et à ceux de ses deux fils. Elle trouve un travail dans un club. Le fils aîné travaille aussi pour l’aider. Mais non! Quand on voit le film ce n’est pas du tout banal! Ryan Gosling a réussi a changer ma vision sur cette histoire en créant quelque chose de différent. Mention spéciale pour les personnages. Ils sont perdus, ça se voit, mais tous sont très forts, surtout les figures féminines très importantes dans le film. Ils craquent parfois, mais ne sont jamais pathétiques comme dans certains navets qui essayent de nous arracher des larmes.
    J’aime aussi la mise en valeur des personnages, même si c’est très léger. Par exemple, les jeux de lumières qui éclairent uniquement les yeux de Rat, qui sont magnifiques. Ils sont très souvent mis en valeur.
    Dans ce film (comme dit dans l’article) rien est de trop, tout est juste. Chaque scène permet d’ajouter quelques choses à l’histoire, de dévoiler un peu plus l’ambiance et l’univers de leur ville fantomatique, ou alors de souligner d’avantage les personnages.
    Même si on peux sentir les inspirations d’autres réalisateurs, comme Refn par exemple, je suis heureuse de dire que pour un premier film je ne suis pas du tout déçu. Le film m’a déboussolé comme j’aime l’être après une séance de cinéma. Ça ne m’étais plus arrivé après la séance de Mommy de Xavier Dolan, donc il était temps qu’un film arrive pour me transporter loin. J’attends avec impatience le second film de Ryan Gosling maintenant.

    • Bonjour Lucile,

      Ton avis sur le film LOST RIVER est un grand plaisir à lire, merci infiniment !
      Tu parles superbement de ce film, on sent que LOST RIVER t’a particulièrement touchée, et tu proposes une lecture très intéressante de ce long-métrage, des personnages & du récit.

      Tu fais bien d’insister sur l’importance des rôles féminins dans ce film, et c’est vrai que ce sont des femmes fortes, combatives, avec aussi leurs instants de faiblesse, de crainte et de doute, mais elles gardent toujours la tête haute et vont de l’avant.

      Je n’ai pas grand chose à ajouter à ton très beau commentaire, si ce n’est mille mercis de le partager avec nous, c’est un grand plaisir de te lire, sincèrement.
      À bientôt sur Go with the Blog j’espère 😉

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