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BIRDMAN : le Batman renaît de ses cendres

BIRDMAN - Affiche FRANCE film Inarritu 2015 Michael Keaton - Go with the BlogGrand vainqueur des Oscars 2015, auréolé d’un nombre impressionnant de récompenses dans la plupart des cérémonies américaines de remises de Prix cinéma, BIRDMAN se pose sur le sol français précédé d’une réputation de haute volée !
Cinquième long-métrage du réalisateur mexicain Alejandro González Iñárritu, BIRDMAN s’éloigne un peu des précédents films du cinéaste où il abordait des sujets assez graves : l’immigration dans BIUTIFUL, la drogue et la maladie dans 21 GRAMMES par exemple.

Adaptant la nouvelle de Raymond Carver intitulée « What We Talk About When We Talk About Love » (« Parlez-moi d’amour » dans sa version française), Alejandro González Iñárritu embarque le spectateur dans les coulisses de Broadway, là où se font et se défont les destins des comédiens. Mais surtout avec BIRDMAN, il offre un premier rôle qui semble taillé sur mesure pour Michael Keaton, qui fait ici son grand retour et dont la trajectoire de son personnage se confond à de nombreux moments avec la sienne.

BIRDMAN est un vrai objet cinématographique dans sa forme tout d’abord, car le film est construit comme un unique plan séquence, c’est-à-dire qu’il donne l’impression qu’il n’y a aucun montage et qu’il s’agit d’une seule prise en continu. Ainsi, les premières minutes du film sont étonnantes, un peu déstabilisantes, mais surtout impressionnantes grâce aux mouvements de caméra particulièrement fluides et ingénieux, dans les dédales des coulisses d’un théâtre à Broadway.

Bien entendu, en réalité BIRDMAN a bénéficié d’un montage, et évidemment ce long-métrage n’a pas été tourné en une seule fois, sinon les comédiens seraient probablement décédés de fatigue ! … Néanmoins, Alejandro González Iñárritu s’amuse du recours à ce procédé, et réussit de façon très maligne à mettre en place des transitions subtiles entre les différentes grandes séquences de son film.
BIRDMAN - Image du film 1 Inarritu 2015 Michael Keaton - Go with the Blog
Mais au-delà des singularités dans sa forme, BIRDMAN invite surtout à questionner la vie des comédiens à Broadway (et partout dans le cinéma et le théâtre), le succès et l’oubli, la médiatisation et ses dérives, et la place de l’humain dans un métier où les identités sont parfois troubles. Ainsi, tous les acteurs du film passent beaucoup de temps (vraiment beaucoup de temps) à parler, à discuter, à se disputer parfois, à confronter leurs visions divergentes de ce que c’est qu’être un acteur ou une actrice.
BIRDMAN - Image du film 2 Inarritu 2015 Michael Keaton - Go with the Blog
Véritablement taillé pour offrir des fulgurances aux acteurs, BIRDMAN est un film à performances : on vient y apprécier les échanges virulents, impétueux, parfois grandiloquents de tout le casting.

L’entièreté du long-métrage est vouée à faire de chaque séquence un écrin où chacun peut y exprimer tout son talent. D’Edward Norton à Emma Stone, de Zach Galifianakis à Naomi Watts, tous sont irréprochables, totalement imprégnés de leur rôle respectif, et totalement dévoués au réalisateur qui les dirige à merveille !
BIRDMAN - Image du film 5 Inarritu 2015 Michael Keaton - Go with the Blog
Mais bien entendu, la performance d’acteur que l’on retient avant tout, c’est celle de Michael Keaton, presque omniprésent à l’écran, et qui trouve dans ce film une mise en abîme extraordinaire de sa propre vie et de sa propre carrière.
Dans BIRDMAN, son personnage Riggan Thomson est un acteur qui a connu la gloire avec un film de superhéros (le fameux « Birdman ») ; malheureusement, c’est aussi ce rôle qui causa sa perte car depuis, il n’a jamais vraiment réussi à se défaire de ce costume d’homme oiseau. Il décide donc de monter une pièce de théâtre à Broadway pour renouer avec le succès, et aussi prouver qu’il peut être autre chose que ce rôle.

Vous l’aurez très vite compris, l’histoire du personnage de Riggan Thomson, c’est une métaphore à peine masquée de la carrière de Michael Keaton : son « Birdman » à lui vivait dans une Batcave et s’appelait Batman.
BIRDMAN - Image du film 10 Inarritu 2015 Michael Keaton - Go with the Blog

Alors bien sûr, cette imbrication et ce jeu des miroirs donnent lieu à de nombreuses références sous-jacentes plutôt drôles dans le film, et Michael Keaton fait preuve d’une auto-dérision exemplaire et assez jubilatoire pour le spectateur.

Cependant, BIRDMAN trouve justement aussi ses limites dans son propre sujet : même si Alejandro González Iñárritu donne sans cesse du rythme à sa mise en scène, nous gratifiant d’ailleurs pour cela de quelques séquences particulièrement déjantées (la bagarre entre Michael Keaton et Edward Norton, ou encore la fameuse séquence en slip en plein Times Square, on ne vous en dit pas plus !), le film n’évite malheureusement pas une certaine lassitude au bout d’un moment pour le spectateur.
D’abord parce que les petits tracas de comédiens en panne de succès et qui tergiversent à longueur de scènes sur leur triste sort, finissent par nous sentir un peu exclus de leur petit monde. Ensuite parce qu’il faut bien l’admettre, BIRDMAN connaît des longueurs et qu’on sent bien dans la deuxième moitié du film, que le sujet de départ a fini par s’épuiser. Alors du coup, certains passages sonnent un peu comme du remplissage.
BIRDMAN - Image du film 4 Inarritu 2015 Michael Keaton - Go with the Blog
Avant d’aller voir BIRDMAN, il est plutôt préférable de savoir un tout petit peu à quoi vous attendre : film bavard qui mise beaucoup sur ses dialogues, cette cinquième réalisation d’Alejandro González Iñárritu est la définition même de ce qu’on appelle un film à performances. On y va pour admirer des acteurs  – des premiers aux seconds rôles –  se donner à fond et prendre du plaisir avec un texte très théâtral.

Même si on a trouvé l’objet cinéma très intéressant et si tout le casting est un vrai bonheur, on n’est pas ressorti pour autant totalement sous le charme de ce film : à force de se limiter à un petit microcosme artistique, il a fini par nous lasser et nous laisser un peu au bord de la route. L’homme oiseau ne nous a pas complètement embarqués sur ses ailes …

Découvrez la Bande Originale de BIRDMAN sur Spotify.

Bonus :
De sublimes fan-arts sous forme d’affiches alternatives de BIRDMAN sont à découvrir ICI (ou cliquez sur l’image ci-dessous).
BIRDMAN - Fan arts movie posters affiche alternatives Keaton Inarritu - Go with the Blog
BIRDMAN
, sortie en France le 25 février 2015.

Article rédigé par Elle.

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10 commentaires

  1. Le meilleur film de l’année jusqu’ici. Iñárritu semble abolir l’espace-temps avec ce film hyper meta. Enivrant et grosse claque pour cinéphiles. Bcp plus ingénieux que le film de son compatriote également Oscarisé de l’année dernière. C’est avec des projets comme cela que le cinéma démontre qu’il a de l’avenir et que tout est encore possible, tant dans la forme que dans le fond. Sérieux et drôle, poétique et culotté. A voir absolument.

    • Bonjour widescreen,

      Merci beaucoup pour ton avis très positif.
      Après comme tu le dis, c’est un film de cinéphiles, très clairement, et c’est aussi en cela qu’il a ses limites selon nous.

  2. Salut !

    Merci pour cet article. Je pense exactement la même chose, nice ! Un vrai film coup de poing, je ne m’attendais vraiment pas à ça.

    J’ai écris un petit article dessus si ça vous dit :

    See ya ! 😀

  3. J’ai beaucoup aimé aussi, sauf la dernière scène qui est de trop pour moi.

    • Hello,

      Merci pour ton petit avis sur le film très positif 😉
      Nous non plus, on n’a pas aimé cette ultime scène du film.

      À bientôt ! 😉

  4. Ce film n’a certainement pas volé toutes ses récompenses. C’est original, surprenant, un casting épatant (Edward Norton et Micheal Keaton en tête), mais un tantinet trop long. J’ai eu beaucoup de mal à me plonger dans l’histoire surtout au début avec tous ces mouvements de caméras.
    J’ai trouvé la musique un peu trop forte par moment et j’avais envie de jeter la batterie par la fenêtre. !! Par contre, je ne sais pas trop interpréter la fin…

    • Coucou Eleane,

      Ton commentaire sur la musique et la batterie m’a beaucoup fait rire ! 😀

      La fin du film semble poser un peu des problèmes à plusieurs personnes, si on en croit d’autres commentaires au-dessus.
      Comme on l’a dit, on a trouvé cette fin de film un peu bancale aussi. Il y a beaucoup de symboliques un peu lourdes, tout de même.

      En revanche, cela ne retire en rien la grande qualité du casting, comme tu le dis très justement.
      Merci à toi 😉

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