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WRONG, réalisé par Quentin Dupieux

Après STEAK en 2006 et RUBBER en 2009, WRONG est le nouveau long-métrage de Quentin Dupieux, réalisateur, musicien, clippeur, DJ, homme à tout faire.

WRONG c’est l’histoire de Dolph Springer qui se réveille un matin dans sa grande maison de la côte Ouest des États-Unis, et qui constate que Paul a disparu.  Paul, c’est son chien.

Il n’est jamais très facile de parler des films de Quentin Dupieux car le garçon a décidé d’aborder le cinéma et la réalisation d’une manière tout à fait singulière. Il faut dire que lui-même est un personnage à part entière : pour ceux qui ne situent pas bien, Dupieux est celui qui se cache derrière le pseudo de Mr. Oizo, auteur de musiques electros, et à l’origine du mythique bonhomme jaune en peluche Flat Eric.

En musique comme au cinéma, il ne fait rien comme tout le monde. Réalisant ses films totalement en marge des systèmes de financements traditionnels et avec des moyens techniques volontairement limités (RUBBER avait ainsi été entièrement tourné avec un appareil photo vidéo 5D), Dupieux impose son univers et son esthétique décalés.

Il y a d’abord ce goût de l’absurde et des situations insolites, presque excentriques, en tout cas incongrues. Dans WRONG, Dolph est licencié depuis trois mois mais continue chaque jour à aller à son bureau pour faire semblant de travailler. Un bureau où il pleut à l’intérieur des locaux.
Ou bien encore, il y a Victor, le jardinier personnel de Dolph, qui se rend compte un matin que le palmier du jardin est devenu un sapin.
Quentin Dupieux aime David Lynch, selon toutes vraisemblances. Déjà dans RUBBER, les inspirations lynchéennes étaient très présentes. Ici, le personnage du détective avec son look improbable, chargé de mener des investigations pour retrouver le chien de Dolph, est quasiment un hommage explicite à TWIN PEAKS.

Bourré d’idées géniales et de petites trouvailles farfelues et jubilatoires, WRONG souffre pourtant des mêmes symptômes que les précédents longs-métrages de Quentin Dupieux : des séquences formidablement réalisées mais dépourvues de lien entre elles, un manque de rythme et une incapacité à donner un second souffle au film. Au bout d’une trentaine de minutes, on a déjà l’impression d’avoir fait le tour, et c’est dommage. Sans force scénaristique réelle, le long-métrage enchaîne des moments de grâce cinématographique avec d’autres passages laissant nettement plus perplexe.

Alors c’est vrai qu’au bout d’un certain temps, le film perd en route son spectateur, faute de lui permettre de se rattacher à un fil conducteur. Une succession de situations ne suffit pas à construire un long-métrage. C’est d’autant plus dommage que l’on avait pourtant senti dans son précédent film RUBBER, un effort pour créer une cohésion dans la trame scénaristique, que l’on ne retrouve malheureusement pas dans WRONG. Difficile cependant de rejeter d’un bloc le travail de Quentin Dupieux dont la mise en scène bénéficie d’une esthétique tellement soignée et passionnante.

Le réalisateur français confirme en tout cas avec WRONG sa passion pour les comédiens qu’il dirige avec une grande intelligence, et à qui il offre des rôles et un cadre de composition fabuleux. Eric Judor en tête, qui travaille pour la seconde fois avec Dupieux, l’ensemble du casting semble prendre un plaisir sincère à participer au projet.

Après deux films surprenants, WRONG nous conforte dans l’idée que Quentin Dupieux est un cinéaste cinéphile vraiment étonnant et atypique ; mais il devient presque urgent qu’il accepte enfin de ne plus tout faire tout seul, et qu’il accepte par exemple de s’entourer d’un co-scénariste qui viendra étoffer et consolider l’architecture originale de son cinéma.

WRONG, sortie en France le 05 septembre 2012.

Article rédigé par Elle.

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3 commentaires

  1. J’ avais qq appréhensions sur ce film, classant « Steak » comme une belle arnaque . Finalement, ce film est plus abouti (rien que la photo et la mise en scène) mème si je peux comprendre que l’ on n’ adhère pas à ce genre d’ humour versant dans l’absurde Quelle interprétation en tirer ? Doit on mettre certains passages en lien avec des thèmes globaux de société (la communication via la séquence entre Dolf et son jardinier au téléphone, la consommation qui nous ferai perdre la valeur des chose à travers le motif de l’ enlèvement du chien) ? Ou bien, peut on voir ce film juste comme un pastiche de certains tics des séries US (comme le pense G Odicino de Telerama) ?

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