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T2 TRAINSPOTTING : qu’avons-nous fait de nos 20 ans ? …

Les fans, les cinéphiles, et tous ceux qui ont été ados dans les années 90 l’ont tellement attendu !
La suite du cultissime TRAINSPOTTING arrive enfin, quasiment vingt ans tout pile après la sortie du film de Danny Boyle. Le cinéaste britannique est toujours derrière la caméra, et tout le casting originel est également de retour.

Nous avions laissé Renton, Spud, Sick Boy & Begbie à Londres en 1996, après avoir réussi à revendre un gros paquet de coke, dont ils avaient prévu de se partager équitablement l’argent amassé … Sauf que Renton a filé à l’anglaise avec le fric au petit matin, ne laissant que quelques milliers de £ en banque pour Spud, l’idiot de la bande et son meilleur ami.
Alors quand Renton revient à Édimbourg vingt années plus tard, après le décès de sa mère, et qu’il décide de revoir ses anciens potes de défonce, c’est peu de le dire qu’il est attendu au tournant ! Sick Boy et Begbie ont bien l’attention de lui rappeler sa trahison passée …

Comment donner une suite à un film qui a marqué toute une génération ? Comment revenir avec les mêmes personnages vingt ans plus tard ? Peut-on faire un ‘2’ sans céder à la facilité de réutiliser les ficelles qui avaient fait le succès du ‘1’ ? … Et puis surtout, que peut bien avoir envie de nous dire Danny Boyle en 2017 avec ce T2 TRAINSPOTTING, après tout ce temps ? …

Comme le personnage de Renton qui avait laissé ses potes en plan à la fin du premier TRAINSPOTTING, Danny Boyle nous avait laissé en 1996 la tête complètement retournée par l’électrochoc que constituait son film ; surtout, il nous avait laissé plein de questions sans réponse sur ce qu’avaient bien pu devenir ses personnages.

Et l’écrivain écossais Irvine Welsh (auteur du roman « Trainspotting » à l’origine du film), avait beau avoir livré une suite en 2002 en publiant « Porno », le même projet au cinéma a longtemps sonné comme une énième Arlésienne d’Hollywood. Fâcherie entre Danny Boyle & son acteur fétiche Ewan McGregor, tentative de scénario avortée, rumeurs et démentis, sans oublier la réputation de « Porno » comme étant un roman inadaptable au cinéma … Autant de raisons qui avaient anéanti nos espoirs de cinéphiles de connaître un jour le destin de Renton, Spud et les autres au cinéma.

Pour parler de T2 TRAINSPOTTING, il faut d’abord se mettre d’accord sur certains points : oui c’est une suite du premier film, mais non ce n’est pas l’exacte adaptation de « Porno ». Le roman a certes servi à nourrir en partie le scénario, mais ça s’arrête là.

Avec T2 TRAINSPOTTING, il n’est pas non plus question de chercher à rééditer cette déflagration cinématographique qu’avait été le premier film en 1996. Fini les rails de coke et les seringues enfoncées dans le bras en gros plan sur fond de Lou Reed.
Et d’une certaine manière, Danny Boyle se joue de ces hypothétiques attentes des spectateurs, à commencer par la séquence d’ouverture où l’on voit Renton, en surpoids, courir sur un tapis roulant dans une salle de sports à Amsterdam, faisant directement écho à la scène d’ouverture de TRAINSPOTTING en 1996, mais l’ironie en plus.

Et d’ironie, il en sera souvent question dans T2 TRAINSPOTTING, voire de sarcasme ou même de désenchantement.

Si Sick Boy (qui se fait dorénavant appelé Simon) et Spud continuent chacun de leur côté et à leur façon à consommer de la drogue régulièrement, le thème central de T2 TRAINSPOTTING n’est pas là.

Empreint d’une profonde mélancolie qui le parcourt à chaque instant et qui transpire dans chaque plan, le long-métrage de Danny Boyle raconte le temps qui a passé et qui continue inexorablement de s’écouler. Jamais nostalgique mais résolument mélancolique, le film met chacun des personnages face à la réalité de leur vie, à ce qu’ils en ont fait ou ce qu’ils n’en ont pas fait, et nous tend alors surtout un miroir sur nos propres existences.

T2 TRAINSPOTTING ne juge pas ses personnages, aucunement. Il fait le constat des erreurs que l’on commet tous, des non-dits que l’on traîne forcément avec nous, de ces actes manqués et ces absences que l’on ne pourra pas rattraper (Renton n’était pas là pour les funérailles de sa mère ; Spud n’a pas vu grandir son fils ; Sick Boy ne s’est jamais retourné sur la mort de Tommy et a même oublié celle de son premier bébé ; Begbie a cru qu’il serait un modèle pour son fils même en passant vingt piges en prison).

Avec cette douzième réalisation – probablement celle que le public attendait le plus  de toute sa filmographie -, Danny Boyle nous livre sans nul doute son film le plus personnel et le plus intimiste. Avec ses acteurs, ils décortiquent ce passage compliqué de la quarantaine voire de la cinquantaine, acceptent de se montrer tels qu’ils sont, les cheveux grisonnants pour certains, les kilos en plus pour d’autres, les visages marqués par les rides …

Le principal bémol que l’on a envie d’émettre ici, c’est que T2 TRAINSPOTTING semble hésiter en permanence entre être un film qui existe totalement indépendamment de son prédécesseur, et s’y raccrocher pleinement en même temps.

On a souvent cette étrange sensation que Danny Boyle cherche à nous dire « Non, je ne cèderai pas à la facilité de réitérer mes effets de mise en scène qui avaient tant marqué le premier film, non je ne vous balancerai pas la musique et les séquences que vous attendez ! … », tout en ne cessant jamais de s’y référer.
Alors on peut aussi voir dans cette semi schizophrénie, une manière justement de mettre les personnages face  à leurs actes passés et leurs actes manqués, leur rappeler que c’est sur ce passé qu’ils ont construit ce qu’ils sont aujourd’hui, tout en leur offrant la possibilité de s’en détacher et de regarder devant eux.

On sort de T2 TRAINSPOTTING esseulé et un peu déboussolé, avec cet étrange petit goût amer dans la bouche, et surtout ce sentiment que  le temps est notre bien le plus précieux tout en étant celui qui nous échappe le plus.

Finalement, Danny Boyle (et avec lui ses acteurs) a réussi son pari : avec T2 TRAINSPOTTING, il assume tout, les réussites comme les erreurs, les brouilles du passé et la force de l’amitié malgré tout, le temps qui a passé et le temps perdu parfois. Mais surtout, il tisse cet incroyable lien avec le premier film en nous délivrant ce même message, vingt ans plus tard : il est urgent de vivre.

Choose life,
Choose Facebook, Twitter, Instagram …
And hope that someone, somewhere, cares.


Bonus :

Nous ne pouvions conclure cet article sur T2 TRAINSPOTTING sans parler de la bande originale du film ! En 1996, la bande originale de TRAINSPOTTING (qui réunissait Iggy Pop, Blur, Elastica, Underworld, …) avait largement contribué au succès du long-métrage de Danny Boyle et à l’élever au rang de film culte.

Le réalisateur a une nouvelle fois su nous concocter une BO aux petits oignons, avec beaucoup d’intelligence et de cohérence : en effet, il mêle ici des vieux titres (de Blondie et de Queen par exemple) avec des chansons de jeunes groupes anglais en vogue (Wolf Alice), et des réminiscences de son premier film (le remix de « Lust For Life », ou encore ce « Slow Slippy » d’Underworld faisant directement écho à « Born Slippy »). À travers cette playlist, Danny Boyle continue pleinement de travailler toutes les thématiques de son film, évoquées dans notre article.

 

Le tracklisting complet de la bande originale de T2 TRAINSPOTTING.
Iggy Pop – « Lust for Life » (The Prodigy Remix)

High Contrast – « Shotgun Mouthwash »
Wolf Alice – « Silk »

Young Fathers – « Get Up »
Frankie Goes to Hollywood – « Relax »
Underworld – « Eventually But (Spud’s Letter to Gail) » [feat. Ewen Bremner]
Young Fathers – « Only God Knows »
The Rubberbandits – « Dad’s Best Friend »
Blondie – « Dreaming »
Queen – « Radio Ga Ga »
Run DMC vs. Jason Nevins – « It’s Like That »
The Clash – « (White Man) in Hammersmith Palais »
Young Fathers – « Rain or Shine »
Fat White Family – « Whitest Boy on the Beach »
Underworld – « Slow Slippy »


T2 TRAINSPOTTING
, sortie en France le 1er mars 2017.

Article rédigé par Elle.

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