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LA CHASSE, réalisé par Thomas Vinterberg

Thomas Vinterberg est un réalisateur à la carrière en forme de grand huit. Porté aux nues dés son deuxième long-métrage FESTEN qui obtient le Prix du Jury au festival de Cannes en 1998, le cinéaste danois est ensuite allé se perdre à Hollywood en tournant deux films de très moyenne facture, et dont l’accueil public comme critique n’a pas été tendre.
LA CHASSE
se présente alors comme une sorte de retour aux sources à bien des niveaux, et notamment un retour dans la ville cannoise puisque le film est présenté en compétition officielle du festival de Cannes en 2012, et y voit son acteur principal Mads Mikkelsen recevoir le Prix d’interprétation masculine.

Lucas, la quarantaine, vit dans une petite ville paisible de la campagne danoise. Il travaille comme éducateur dans une école primaire et tente de surmonter son récent divorce, surtout de garder le contact avec son fils adolescent Marcus. Au détour d’une remarque sans importance, une des petites filles de l’école invente un mensonge impliquant Lucas : Klara déclare à la directrice que Lucas lui a montré son sexe. Sans preuve et fondée sur la simple parole de l’enfant, cette histoire prend alors des proportions démesurées dans le village, et entraîne cet homme dans une spirale infernale et insensée.

LA CHASSE ne laisse inévitablement pas indifférent. En s’emparant d’un sujet extrêmement délicat, Thomas Vinterberg s’engage sur un terrain difficile. Mais le réalisateur danois parvient à proposer une lecture très nuancée de son histoire. Avec beaucoup de sobriété dans sa réalisation, le film installe une atmosphère qui se refuse d’être malsaine et encore moins manichéenne. Dans LA CHASSE, tous les personnages pensent faire le bien et agir dans le bon sens. C’est en cela que le film est intéressant et surtout, invite le spectateur à réfléchir et prendre de la distance. Vinterberg jalonne son long-métrage de questions plutôt très justes, auxquelles il se refuse à apporter des réponses toutes faites. Le spectateur reste libre dans son jugement, mais sans pour autant être abandonné.

La grand force de LA CHASSE se trouve aussi dans le travail de Mads Mikkelsen : en véritable alter ego de son réalisateur, le comédien danois livre ici une composition sensible, touchante et subtile. On imagine difficilement quelqu’un d’autre pour le rôle de Lucas tant Mikkelsen porte son personnage avec une effroyable justesse et beaucoup de détermination. De plus, les deux hommes ont accompli un travail intelligent autour de ce personnage : en refusant d’en faire un martyr, ils ont su éviter habilement certains pièges d’une sensiblerie trop extrême, tout en restant à la lisière d’une souffrance à fleur de peau. Présent dans quasiment tous les plans du film, Mads Mikkelsen impressionne.


LA CHASSE
trouve chez nous en France une résonance toute particulière, puisqu’on peut difficilement éviter de penser à l’affaire d’Outreau en voyant ce film. Au-delà de cet aspect, ce long-métrage n’en demeure pas moins d’une grande force et particulièrement bouleversant. Difficile d’en ressortir dans l’indifférence. Un des films à ne pas manquer cette année.

LA CHASSE, sortie en France le 14 novembre 2012.

Article rédigé par Elle.

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7 commentaires

  1. Je suis assez mitigé sur ce film. Le personnage de Lucas est interessant dans son parcours (volonté de se reconstruire après une période difficile et devant affronté une épreuve à nouveau). Le problème est que l’on suppose de manière évidente que Lucas est innocent dans la manière dont cela est montré . Ensuite Vinterberg renforce l’empathie, la compassion que l’on a pour le personnage via des scènes usant sur le pathos de manière forcée (la séquence « avec » le chien sous la pluie, hum…). A l’av’ première au ciné des Cinéaste, il reconnaissait lui mème qu’ il a cherché à rendre le personnage de Lucas le moins possible soupconnable de pédophilie.
    Là ou il est plus convaincant selon moi, c’est lorsqu’ il s’ attache à observer et décrire la société danoise, ses rites de fonctionnement (liés à la chasse mais aussi les pratiques religieuses avec la séquence à la fin à l’église). Mais cette description sonne un peu comme une dénonciation, un procès à charge contre une société ou le chasseur peut facilement devenir chassé avec la mème violence.
    Le jeu de Mads Mikkelsen est certes excellent,tout en retenue et en intériorisation).
    Ce qui aurait peut être été interessant là dessus, c’est d’avoir un personnage désirant se venger . Cela aurait fait écho au perso de Spencer Tracy dans le film « Furie » de F Lang . Le réalisateur allemand décrivait un homme lynché par la population d’un village l’accusant d’ etre à l ‘origine d’un enlevèment et désirant par la suite se venger de ses accusateurs. Cette thématique de l’homme injustement condamné,désireux rendre coup pour coup à autrui aurait bien convenu dans ce film .

  2. J’ai eu la même lecture que toi de ce film, et j’en suis ressortie aussi en pensant à l’affaire Outreau. C’était un sujet peu évident à traiter, mais le réal ne s’est jamais perdu et le résultat est intelligent.

    • Bonjour Aurore,

      Merci de ton commentaire 🙂 Je suis ravie que tu te sois retrouvée dans cet article, et ta dernière phrase est aussi ce que je pense.

      A bientôt sur Go with the Blog ! 😉

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