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APRÈS MAI, réalisé par Olivier Assayas

L’adolescence est souvent une période de doutes, où l’on se cherche et ou l’on tente de répondre à cette question « Qui suis-je ? » , pour essayer ensuite de trouver une réponse encore plus délicate à « Qui veux-je être ? ». Et tout cela est peut-être encore plus complexe voire dangereux lorsque l’on est un ado, en banlieue parisienne, en 1970.
L’année 1970, il faut l’entendre comme la période qui suit ce fameux bouleversement dans l’Europe et même dans le monde que fut 1968. Olivier Assayas tente de dresser un portrait (parfois un peu autoportrait) d’une partie de la jeunesse de l’époque. Il le fait à travers les yeux de Gilles, lycéen un peu rêveur, un peu peintre, un peu tout et surtout beaucoup perdu, comme tous ses amis qui virevoltent aussi autour de lui.


Inscrire une histoire de fiction dans cette période est souvent très délicat, car il y a le risque évident de tomber dans un écueil de clichés ou un fort désagréable goût de « c’était mieux avant ». Avec APRÈS MAI, il n’y a rien de tout cela, bien au contraire.
Tout d’abord, Olivier Assayas entreprend un savoureux et minutieux travail de reconstitution. Le spectateur plonge directement au cœur de la ferveur lycéenne, des conflits aussi bien externes que internes au sein du mouvement révolutionnaire. Cet effort incroyable permet de ressentir très rapidement l’ambiance de l’époque. Les costumes et les décors participent à cet ensemble, tout comme les dialogues très justes et bien écrits, qui ne paraissent justement pas l’être. Sans trop en dévoiler, au début du film le spectateur assiste à une AG lycéenne criante de véracité et aussi enfumée qu’un débat de l’émission « Droit de Réponse ».

Ce réalisme donne parfois l’impression d’assister à un documentaire, mais ce n’est absolument pas un reproche ici. C’est donc avec une certaine exaltation et un vrai plaisir que nous suivons les péripéties de ces jeunes, et notamment au cours d’un petit périple en Italie.

Toutefois, ce début d’euphorie stagne, voire tend à glisser peu à peu vers un léger ennui. En effet, APRÈS MAI ne tient que grâce au travail de reconstitution et à la réalisation qui alterne intelligemment les scènes de groupes avec des scènes beaucoup plus intimistes. L’esthétisme du film est brillante et la candeur des acteurs (pour la plupart tous débutants) donnent ce souffle touchant ; mais le scénario est malheureusement le défaut majeur ici ! Cela est d’autant plus étonnant que le film a reçu le prix du scénario au Festival de Venise cette année.

On ne peut que regretter que le réalisateur n’apporte pas davantage son regard personnel. On assiste à un joli tableau, mais celui-ci se fige au fil des minutes. Les atermoiements de ces jeunes sont très vite posés et finalement peu chamboulés au cours de ce long-métrage. On aimerait s’y intéresser beaucoup plus, mais il y a une forme de pudeur à nous dévoiler les vrais états d’âmes, les vrais conflits intérieurs que vivent ces personnages. Seuls les conflits extérieurs apparaissent et vampirisent tout le reste.

Au final, APRÈS MAI nous laisse sur notre faim car le paysage est habilement dressé mais l’histoire n’avance pas et finie par tourner en rond et manquer d’intérêt, à tel point que l’ennui assombrit ce bon travail esthétique.

APRÈS MAI, sortie en France le 14 novembre 2012.

Article rédigé par Lui.

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