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HER (réalisé par Spike Jonze) : l’ultra moderne solitude

HER - affiche du film Spike Jonze - Go with the BlogLes histoires d’amour finissent mal, en général.

On pourrait résumer le film HER par cette formule, et en même temps on passerait un peu à côté de son sujet. En nous racontant l’histoire de Theodore, quarantenaire solitaire et inconsolable depuis sa séparation avec Catherine sa plus belle histoire d’amour, le réalisateur Spike Jonze nous dessine moins le portrait d’un amoureux au cœur brisé que celui d’un garçon profondément seul, dans un futur sans date et sans visage, qui erre dans un Los Angeles dépersonnalisé.
Theodore fait l’acquisition d’un programme informatique tout nouveau et hyper moderne, qui s’adapte à la personnalité de chaque utilisateur. Peu à peu, il construit une relation avec ce programme informatique, au nom de Samantha, avec qui il dialogue nuit et jour. Tour à tour confidente, partenaire rigolote de jeux, de sorties, alter ego culturel, Samantha devient indispensable au quotidien de Theodore, qui finit par ‘tomber amoureux’ de celle qui semble être la femme parfaite, à cette exception près … qu’elle n’a pas de corps.

HER
nous entraîne dans un avenir plus ou moins proche, que le réalisateur Spike Jonze a voulu le plus neutre possible, permettant ainsi un effet de miroir avec notre société contemporaine. À l’exception de ce programme informatique ultra personnalisé et évolutif, rien ne distingue vraiment le quotidien de Theodore du nôtre pour tout le reste : la routine du travail, son appartement dans une grande tour impersonnelle, ses voisins, sa meilleure amie …

Depuis qu’il est passé à la réalisation de longs-métrages (après avoir longtemps été le clippeur le plus cool de la Terre, réalisant des vidéos pour Sonic Youth, R.E.M., Björk, les Beastie Boys, ou encore dernièrement Kayne West), Spike Jonze se plaît à aller fouiller dans notre cerveau. Après l’étude de personnalité avec DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH, puis l’imaginaire avec le tendre et ultra attachant MAX ET LES MAXIMONSTRES, il tente ici de sonder la complexité du sentiment amoureux, et avec lui cette ‘ultra moderne solitude’ de l’être humain au XXIème siècle. HER - image du film 2 - Go with the Blog Ce qui est particulièrement intéressant ici, c’est que derrière la beauté absolue et inconditionnellement romantique de l’histoire d’amour entre Theodore et Samantha le programme informatique (dont la voix tout au long du film est celle de l’actrice Scarlett Johansson), le film cache surtout une réflexion plus amère sur l’égoïsme, voire l’égocentrisme qui touche de plus en plus chacun de nous, et sur cet isolement vers lequel nous pousse la société occidentale et moderne dans laquelle nous évoluons.

Plusieurs scènes sont particulièrement significatives de cela, comme lorsque Theodore organise un pique-nique avec un couple d’amis pour leur ‘présenter’ Samantha (qui n’est bien entendu pas physiquement présente, seulement par la voix du programme via une oreillette) ; ou encore lorsque Theodore se rend sur cette plage bondée de monde, où plus la foule est nombreuse, plus chacun se replie sur lui-même et ignore le monde qui l’entoure. HER - image du film 3 - Go with the Blog Si l’on peut reprocher à HER d’être clairement trop long d’une bonne vingtaine de minutes (le réalisateur semble retarder – bien inutilement – la conclusion de son récit, cédant alors dans le dernier tiers du film à une mécanique un peu répétitive), on ne trouve en revanche absolument rien à redire à son casting en tout point exceptionnel ! Porté par un Joaquin Phoenix omniprésent à l’écran, le long-métrage offre à ses comédiens des partitions passionnantes à interpréter. Joaquin Phoenix dessine un Theodore candide et attendrissant au début, qui évolue ensuite doucement vers l’obsession presque maladive pour cette Samantha, exacerbant alors la jalousie et la possessivité inhérentes à l’être humain.

Autour de lui, des comédiennes toutes plus belles les unes que les autres, bénéficient certes d’une présence moindre mais chacune tient ici un rôle inaccoutumé de ce qu’on leur donne à jouer habituellement. Rooney Mara se montre plus sévère et presque impitoyable, tandis qu’Amy Adams nous épate une nouvelle fois dans ce personnage de meilleure amie confidente, un peu paumée dans sa vie.HER - image du film 4 - Go with the Blog

HER est très certainement le film le plus personnel, le plus moderne, et aussi le plus philosophique de Spike Jonze jusqu’à présent. Filmant les tourments d’un homme perdu dans le grand tout de notre société où l’individu peine à exister en tant que tel, le réalisateur interroge la quête existentielle de chacun. À l’image de Theodore, irrémédiablement seul le soir quand il se glisse sous sa couette, au milieu de l’immensité des buildings et des villes, personne ne vous entendra pleurer.

HER, sortie en France le 19 mars 2014.

Article rédigé par Elle. HER - bandeau du film 2

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12 commentaires

  1. Pour une fois, je vais aller le voir en VO ( sous titré quand même 😉 juste pour entendre la voix de Scarlett Johansson .

    • Bonjour natieak,

      Il faut en effet absolument voir ce film en VO pour profiter de la voix de Scarlett, qui a un rôle fondamental dans le récit de HER. J’espère qu’il y aura une séance en VO près de chez toi ! 🙂

      À très bientôt sur Go with the Blog.

  2. Super film! Le scénario est très original, oscar bien mérité.
    La bande originale est réalisée par Arcade Fire.
    Un sans faute pour les décors, la musique et les acteurs!
    Je vous recommande vivement ce film 🙂

    • Bonjour Florence,

      Tu fais bien de mentionner Arcade Fire, que je n’ai pas évoqué dans mon article (qui était déjà bien long), mais c’est vrai qu’elle participe à l’atmosphère singulière du film.

      Merci pour ton avis 🙂

  3. Regard incroyablement mélancolique, intime et souvent drôle sur la relation amoureuse avec introspection fouillée au plus profond de la condition humaine. Comment donner/recevoir à deux dans un dilemme homme/machine quand on peine à se connaitre soi-même ?
    C’est à la fois doux et amer, mais aussi très révélateur de nos peurs, nos masques et une certaine forme d’aliénation croissante subie dans le monde actuel.

    HER est peut-être le film le plus astucieux technologiquement depuis « 2001,L’Odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick. Et tout comme la voix fantomatique de HAL, Samantha est une compagne bien plus prodigieuse et attachante que Hal n’aurait jamais pu rêver être…

    Spike Jonze transforme l’esthétique son/image en quelque chose de magiquement personnel. Les montages – silences, clins-d’œil sur la vie douce passée de Théodore et son ex-femme – sont sublimes.
    Jonze interroge : Quelle est la meilleure façon de vivre une histoire d’amour dans ce nouveau monde courageux (ou pas si courageux !) qu’est le nôtre ?
    Ou comme Théodore, risque-t-il de paraitre stupide ?
    Pas si stupide, car nous y sommes. C’est l’aube !
    Triste, drôle, et alarmant.
    Sublime Joaquin Phoenix qui ne cesse de nous étonner, à chaque rôle.
    Qui d’autre pour incarner la possibilité d’aimer au-delà de l’être humain ?

    HER est un film exceptionnel, en raison de son originalité, mais aussi de par sa réalisation.
    Un film qui bouscule, qui approfondit la vision du monde. Le cinéma que j’aime.
    Sa force est de parvenir à nous toucher et à rendre réaliste une histoire d’amour à deux incarnée dans un seul corps.
    Bouleversant !

    • Bonjour,

      Wooo,quel superbe commentaire ! Passionnant de te lire, et tu détailles avec beaucoup de finesse les qualités et les forces du film de Spike Jonze.

      Un très grand merci d’être venu nous faire partager ton avis éclairé.
      À très bientôt sur Go with the Blog j’espère ! 🙂

  4. Un film magnifique, mélancolique, mais aussi assez terrifiant car on se dit qu’on est pas très loin de la vérité finalement. L’homme ne communique plus qu’avec son portable, sans prendre la peine de vraiment parler avec son voisin. Toutes les scènes avec la foule vissé à son oreillette est frappante.
    Joaquin Phoenix trouve là son meilleur rôle. J’ai trouvé la fin magnifique et me dit que tout n’est peut être pas perdue (c’est l’interprêtation que j’en fait) Mention spéciale pour la musique d’Arcade Fire, qui colle parfaitement au film

    • Bonjour Eleane,

      Ton commentaire est super intéressant à lire, tu fais une analyse bien sentie du film, et c’est vrai – comme tu le dis -, par moments ce film fait aussi un peu peur par ce qu’il nous montre de nous.

  5. Très poétique et malin ! bon film !

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