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A GHOST STORY : fantômes contre fantômes

Voilà un film tout à fait singulier.
Signé du réalisateur texan David Lowery, A GHOST STORY s’apparente à une expérience cinéma assez unique mais aussi intense, émotionnellement vibrante, et fondamentalement marquante.
L’histoire toute simple d’un jeune couple qui s’installe dans une modeste maison isolée, au fin fond des États-Unis. Lui est musicien, elle a un petit boulot au magasin du coin.
Ils sont beaux, ils s’aiment, ils vivent modestement, mais ils sont heureux ensemble. Mais un matin, tout près de chez lui, il a un violent accident de voiture et meurt sur le coup. Elle se retrouve alors brutalement seule … seule avec son deuil dans cette maison vide et silencieuse.

David Lowery retrouve ici Rooney Mara et Casey Affleck, qu’il avait déjà fait tourner ensemble dans son tout premier long-métrage en 2013, LES AMANTS DU TEXAS, un film qui laissait présager de l’exigence esthétique du cinéaste, mais un film qui ne nous avait pas vraiment convaincus (lire notre critique ici).

Après être passé par la case superproduction Disney avec PETER ET ELLIOTT LE DRAGON en 2016, David Lowery a immédiatement enchaîné avec le tournage de A GHOST STORY : ou comment passer d’un film avec de gros enjeux à un cinéma minimaliste et intime.

Il faut que vous soyez bien prévenus avant d’aller voir A GHOST STORY : avec ses parti-pris exigeant et ambitieux, ce film n’est peut-être pas à mettre devant tous les yeux. Et pourtant …
C’est en tout cas une vraie expérience de cinéma, à commencer par le fait qu’il a été tourné au format carré (ce qui, il faut le reconnaître, est plutôt déroutant dans les premières minutes). Très peu de dialogues, beaucoup de moments de silence, de nombreux plans fixes où rien ne bouge (rappelant un peu le LAST DAYS de Gus Van Sant par exemple ; et finalement ce n’est pas anodin, il y a des thèmes en commun entre les deux films), A GHOST STORY oscille entre quelque chose de particulièrement audacieux et aussi de profondément simple et épuré.

David Lowery tente de raconter et de mettre en images une des étapes de l’existence humaine la plus intime, la plus difficile à partager, un sentiment & des émotions tellement personnelles et en même temps si universelles : le deuil.
À travers cette histoire qui est à proprement parlé celle d’un fantôme qui revient errer chez lui, et regarde impuissant celle qui l’aime essayer de surmonter sa peine, essayer de ‘faire son deuil’, A GHOST STORY cherche à saisir l’insaisissable, la douleur et la souffrance intérieure face à la perte de l’être aimé.


Condamné à ne plus être que simple spectateur de la vie qui fut la sienne avec la femme qu’il aime (et alors que cette vie comme cette femme lui échappent), ce fantôme se laisse entraîner dans un voyage à travers le temps et la mémoire, en proie aux éternels questionnements sur le sens de notre existence et de notre passage sur Terre.

Car oui, personne n’est éternel, personne n’est immortel, nous sommes tous de passage … A GHOST STORY  interroge aussi cette notion de passage, d’héritage, de ce qui reste des individus après leur mort, le souvenir, les petites traces.

Avec une mise en scène extrêmement soignée et – comme nous le disions plus haut – des parti-pris très forts (plans fixes, obsession pour les éléments de la nature comme le vent, les champs, la lumière naturelle du soleil, une direction photo incroyablement belle et saisissante, un sens du cadre très marqué), David Lowery explore des thèmes qui ne peuvent laisser insensibles, car ils nous concernent inexorablement tous.

Une chose est sûre, A GHOST STORY accomplit l’exploit un peu fou de rendre très émouvant un fantôme avec un drap blanc et deux trous noirs pour marquer les yeux (qu’on ne voit pas). Ce fantôme sans visage et sans corps nous bouleverse réellement dans ses errances, ses silences, son immobilité, son impossibilité à communiquer avec celle qu’il aime, celle qu’il regarde réapprendre à vivre sans lui, parce qu’elle n’a pas d’autre choix.

Récemment oscarisé, Casey Affleck est une nouvelle fois ahurissant par sa présence, autant quand il est là que lorsqu’il ne l’est pas (ouais je sais, ça fait non sens dit comme ça, mais vous comprendrez en voyant le film …).

Prix du Jury, Prix de la critique internationale, et Prix Kiehl’s de la Révélation au Festival du cinéma américain de Deauville en septembre 2017, A GHOST STORY a marqué le cinéma indépendant en 2017.

Bouleversant à bien des égards, brutal à d’autres, intense et faisant viscéralement écho à l’intimité de chacun, A GHOST STORY ne fera peut-être pas l’unanimité auprès de tous les spectateurs ; mais il est de ces films auxquels on repense longtemps après l’avoir vu, et dont le souvenir reviendra nous rappeler à quel point il racontait en images ce que l’on ne sait parfois pas dire avec des mots.

A GHOST STORY, sortie en France le 20 décembre 2017.

Article rédigé par Elle.

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