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NOUS YORK : ça sera sans nous !!!

J’ai vu NOUS YORK véritablement sans aucun a priori, puisque je n’ai pas eu l’occasion de voir TOUT CE QUI BRILLE sorti en salles en 2010. À l’exception des échos autour du succès public et critiques de leur premier long-métrage, je ne connaissais rien du cinéma de Géraldine Nakache en tant que réalisatrice, et d’Hervé Mimran, avec qui elle co-réalise donc ce second film, comme c’était le cas pour le premier.
J’étais plutôt contente en fait d’avoir l’opportunité de découvrir leur travail, car il faut bien le dire, le succès presque inattendu de TOUT CE QUI BRILLE a largement mis en lumière ce duo de réalisateurs, et puis attirer notre attention.

Mais voilà, la séance de NOUS YORK a ressemblé pour moi tour à tour à un gros moment de doute (tout ceci est-il bien sérieux ?…), puis à un sentiment de gêne, de stupéfaction, suivi de plusieurs passages par le stade de l’énervement (non, mais tout ça est-il bien sérieux ???), pour finir sur des rires nerveux qui se mêlaient à un certain ennui. Pourquoi NOUS YORK est-il le film à fuir absolument ? Explications.

NOUS YORK c’est l’histoire de Michaël, Nabil et Sylvain, trois amis originaires de Nanterre, qui mettent les pieds pour la première fois aux États-Unis, et plus particulièrement à New York, à l’occasion de l’anniversaire de leur copine Samia, installée sur le sol américain depuis deux ans avec Gabrielle, l’autre bonne copine du groupe. Et voilà. Le film ne raconte pas grand chose d’autres que les tribulations des garçons en mode touristes dans les rues new-yorkaises, si ce n’est une vague querelle entre les deux personnages féminins incarnés par Leïla Bekhti et Géraldine Nakache, autour des valeurs de l’amitié et du sens à donner à son existence vis-à-vis de ses proches et de sa famille. Mais rien de très grave, puisque le tout se résout le temps d’une courte scène dans un décor de salle de classe, parce que ce sont des copines d’enfance, au cas où vous l’auriez trop vite oublié pendant le film.

NOUS YORK s’ouvre par un générique original et visuellement réussi, petite prouesse technique de mise en scène. D’entrée, le film semble donc afficher une certaine ambition stylistique. Le souci, c’est que passer ce générique qui certes, vaut le coup d’œil, il ne va ensuite pas se passer grand chose. Car s’il est très sympathique de vouloir filmer sa bande de potes avec beaucoup de générosité et de bonne humeur, il n’en demeure pas moins que cela ne suffit pas à en faire un projet cinématographique en soi.
On assiste ici à une succession de scènes entre amis, sans réel fil conducteur entre elles, avec cette impression franchement embarrassante de rester totalement extérieur à ce qui se passe à l’écran. Rarement notre statut de « spectateur » (celui qui assiste à un spectacle) aura autant pris tout son sens le plus littéral, et c’est tout de même très fâcheux de se sentir si peu concerné par ce qui se déroule devant nos yeux.


L’autre problème majeur du projet, c’est le vide de son scénario : la grosse pomme résonne ici très creuse. Un film de cinéma se fonde sur une base assez simple : celle d’avoir un début, un milieu, une fin. Non pas qu’il faille à tout prix enchaîner les péripéties et les retournements de situation dans tous les sens, mais si un film ne progresse pas dans sa narration et ne se structure pas autour d’un rythme de progression défini, il y a fort à parier que ça ne tiendra pas longtemps la distance.
Ce qui est ici très étonnant, c’est que NOUS YORK semble refuser volontairement et en permanence de raconter quelque chose ; à chaque moment où l’on a l’impression que le film amorce un début d’histoire (la relation entre Michaël et Denise, celle entre Samia et sa mère, …), aussitôt on s’empresse de passer à une autre séquence sans rapport avec la précédente, en évitant absolument de trop s’attarder sur les personnages, au cas où par mégarde on leur donnerait un peu de consistance.

À tout cela, il faut ajouter un humour tristement en berne, constellé de répliques ultra surlignées (attention, là vous devez logiquement rire) mais qui tombent désespérément à plat. À ce petit jeu, Baptiste Lecaplain a le don pour se rendre rapidement insupportable. Seul Manu Payet s’en sort pas trop mal à deux ou trois reprises, son expérience et son sens de la réplique faisant sensiblement la différence.
Et puis pour finir, il y a cette réalisation. C’est là où vraiment, j’ai atteint le point de non retour. À l’image de l’affiche du film, NOUS YORK propose une vision de la ville américaine passée à travers un filtre Instagram, un peu comme une succession de clichés (dans tous les sens du terme !) compilés par une blogueuse mode/lifestyle. On va au-delà de la version « carte postale » de la ville, ici New York est filmée dans des tons pastels et édulcorés insupportables, on n’échappe à aucun des lieux communs possibles sur la ville, le tout au rythme d’une bande-son qui se veut cool à tout prix. Mais surtout, la réalisation se révèle excessivement prétentieuse, inutilement ampoulée et stylisée à outrance. Cette mise en scène est en décalage complet avec un scénario bien trop simpliste et creux (la forme est censée servir le fond, mais quand il n’y a pas de fond, comment fait-on ? …)

Inutile donc de continuer à s’acharner. NOUS YORK n’est pas un feel-good movie, encore moins un hymne à l’amitié, et pas non plus un hommage à la ville qui ne dort jamais ou au cinéma de Woody Allen (et puis quoi encore ?!!). NOUS YORK, c’est tout ce que je ne supporte pas dans le cinéma français.

NB : Par curiosité, il se trouve qu’entre-temps j’ai regardé TOUT CE QUI BRILLE. Le premier long-métrage du duo Nakache/Mimran bénéficie d’une fraîcheur et d’une légèreté qui justifient son succès au moment de sa sortie. Le film est plutôt agréable, certes un peu cliché par moments et pas toujours très subtil sur les relations d’amitié entre ses protagonistes, mais l’ensemble fonctionne bien.
Mais surtout, en regardant TOUT CE QUI BRILLE, cela m’a permis de prendre encore davantage la mesure du vide scénaristique de NOUS YORK qui n’est qu’une resucée laborieuse de son prédécesseur.

NOUS YORK, sortie en France le 07 novembre 2012.

Article rédigé par Elle.

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10 commentaires

  1. A vrai dire je ne suis absolument pas surpris que ce soit si mauvais, Tout ce qui Brille puait déjà le coup médiatique, façon NOS BANLIEUES SONT VIVANTES ! hurlé à tue-tête. Un peu pénible bien que parfois rigolo. Le simple titre Nous York, et pire encore, la bande-annonce, laissaient augurer le pire pour ce deuxième film. Merci de m’avoir convaincu de ne pas y aller !

    • J’avoue que le titre du film, n’augurait pas du meilleur. Il fallait oser.
      Mais comme j’ai vu ce film en septembre, dans le cadre du Grand Prix Cinéma ELLE auquel je participais cette année, je n’avais pas encore vu la bande-annonce, j’étais vraiment vierge de tout a priori.

  2.  » (…) s’il est très sympathique de vouloir filmer sa bande de potes avec beaucoup de générosité et de bonne humeur, il n’en demeure pas moins que cela ne suffit pas à en faire un projet cinématographique en soi.  »

    On parle de NOUS YORK ou des PETITS MOUCHOIRS, là ?

  3. Je ne sais pas qui a rédigé la critique, mais quelle méchanceté ! Certes le film n’est pas emballant, mais de la à le démolir de la sorte, c’est un peu exagéré. Il y a de bons moments, pas mal de longueurs, et surtout un scénario un peu faible. Les comédiens sont tous bons. Marthe Villalonga est exceptionnelle. Les jeunes peuvent tenter de voir le film. Il est fait pour eux.

    • Bonjour François,
      C’est moi qui aie rédigé cet article, il est signé d’ailleurs, comme tous nos articles sur ce Blog.
      Je n’ai pas l’impression de faire particulièrement preuve de « méchanceté » dans mes propos. J’ai expliqué dans quel contexte j’ai vu NOUS YORK, ce que j’ai ressenti, et pourquoi je n’ai pas aimé le film. La séance de NOUS YORK m’a véritablement agacée, oui, j’emploie ce terme, parce que c’est un fait. Je ne vais donc pas m’en cacher.
      En revanche, j’ai fait mon maximum pour l’expliquer et argumenter mon propos. Je n’ai donc pas le sentiment de « démolir » le film.

      Pour finir, notre Blog est un projet très modeste, nous le faisons sans rien attendre en retour, de personne. Ce Blog est né d’une envie de parler des films, d’écrire, de partager des photos, notamment de voyages. Nous ne pouvons pas aimer TOUS les films que nous voyons, c’est comme ça.
      Nous sommes ravis quand nous avons un coup de coeur pour un film de le défendre ici, et d’encourager les personnes qui nous lisent, à découvrir aussi ce film.
      Mais quand nous n’aimons pas un film et sommes très déçus, nous le partageons de la même manière.

      Merci en tout cas pour ton commentaire, merci d’avoir donné ton avis, c’est aussi ce qui nous intéresse et nous sommes contents d’échanger sur les films, même avec des avis divergents 😉

    • Il n’y a pas méchanceté: la critique, si négative soit-elle, est ici argumentée. Et ce ne sont pas les critiques complaisantes, qui n’avancent aucun argument, qui manquent…

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