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DANS LA MAISON, réalisé par François Ozon

Une rentrée scolaire de plus pour Germain, professeur de français au lycée Gustave Flaubert en région parisienne. Une nouvelle année scolaire d’ores et déjà ennuyante pense-t-il, mais finalement pas tout à fait lorsqu’il découvre dans sa classe de seconde le jeune Claude, un élève discret et plutôt solitaire qui impressionne Germain par la qualité de ses rédactions, et surtout leur contenu.
Entre le professeur et l’élève doué se noue alors une relation très particulière autour de l’écriture, la création et l’imagination.

 Le scénario assez énigmatique de DANS LA MAISON est issu de la libre adaptation d’une pièce de théâtre espagnole intitulée « Le garçon du dernier rang » de Juan Mayorga. Questionnant des sujets aussi vastes qu’universels, le récit explore plusieurs chemins en même temps : tout d’abord cette relation singulière entre le professeur Germain et le jeune Claude. Germain encourage, nourrit l’impulsion créative du garçon, tandis que celui-ci suscite passion et presque addiction chez son enseignant, qui retrouve dans l’écriture de Claude une énergie créative qui lui fait désormais défaut, et l’envie aussi de transmettre un savoir.
Ensuite, la progression du film nous entraîne également vers un chemin plus obscur où réalité et fiction se mêlent et s’entremêlent, jusqu’à se confondre et se troubler. À plusieurs reprises, le spectateur ne sait plus si les histoires écrites par Claude proviennent de son imagination ou d’une réalité qu’il a observée. C’est toute la question de la fiction qui est ainsi décortiquée et mise en abîme à la fois dans les rédactions de Claude, mais surtout dans le film lui-même.

Le travail d’adaptation du théâtre au cinéma réalisé par François Ozon est très intéressant, notamment pour ce qu’il propose dans ses choix de lieux et de décors. Cependant, son projet cinématographique reste flou à force d’effleurer de très nombreux thèmes (la création, le rapport entre l’auteur et son œuvre, la cellule familiale, la relation élève et professeur, la transmission et la filiation père/fils, la bourgeoisie, le questionnement de l’imagination, du fantasme, et j’en passe …) sans en traiter un seul réellement. Ozon égare son propos et ses personnages dans cette nébuleuse entre réalité et fiction, imaginaire et fantasme.

Pourtant, l’ensemble du casting est au diapason et comme souvent dans les films de François Ozon, les comédiens nous surprennent et offrent des interprétations subtiles. Fabrice Luchini en professeur de français, quand on connaît l’homme de théâtre et l’amoureux de la littérature qu’il est, le rôle semble tellement évident. Cependant, l’acteur est ici tout en retenu, et son metteur en scène n’a pas cherché à le faire cabotiner comme le font souvent les autres, cela n’en est que plus intelligent et plus réussi.
Emmanuelle Seigner quant à elle, incarne une femme au foyer ordinaire, passionnée de décoration, mais qui s’ennuie terriblement. Le réalisateur utilise avec beaucoup de malice la sensualité naturelle de la comédienne, tout en la rendant triviale et désuète dans ses attitudes.
Enfin, un mot sur la découverte du jeune Ernst Umhauer dont la blondeur et la peau pâle siéent à merveille à ce personnage troublant et déstabilisant qu’est Claude.


À la fois trop dense et en même temps en surface des sujets qu’il aborde, DANS LA MAISON ne parvient pas tout à fait à accoucher de l’ambitieux projet que semble avoir envisagé François Ozon. De par l’expérience et le talent de son réalisateur, le film regorge pourtant de très bonnes idées, bénéficiant d’une mise en scène toujours aussi maîtrisée et passionnante chez Ozon, et d’une direction d’acteurs tellement juste et intelligente. Malgré cela, DANS LA MAISON nous laisse sur un petit goût d’inabouti. Un film à découvrir tout de même, car il ne manque pas à coup sûr de nourrir les discussions.

DANS LA MAISON, sortie en France le 10 octobre 2012.

Article rédigé par Elle.

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2 commentaires

  1. C’est vrai qu’on reste un peu sur sa faim. Pour nous c’est justement le jeune héros qui manque de quelque chose, nous l’aurions préféré moins lisse dans le genre d’Ezra Miller (« We need to talk about Kevin » et « Afterschool »). Le film vaut quand même le détour ne serait-ce que pour la performance de Luchini, pour une fois tout en retenu.

    • Oui, un Luchini sobre et toujours juste. Le gamin est à l’image du film, lisse comme tous les films de Ozon qui aime cacher le vicieux ou le malsain derrière une facette proprette. Disons qu’on reste sur sa faim, dommage car le thème était porteur.

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