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LA TÊTE HAUTE, réalisé par Emmanuelle Bercot

La tete haute - Affiche - Go with the blogDéjà réalisatrice de plusieurs longs-métrages dont BACKSTAGE en 2004 et plus récemment ELLE S’EN VA en 2013, Emmanuelle Bercot fait l’Ouverture du Festival de Cannes 2015 avec sa nouvelle réalisation LA TÊTE HAUTE.

S’entourant d’un casting d’exception avec Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Sara Forestier et le jeune Rod Paradot dont c’est ici le tout premier rôle, Emmanuelle Bercot retrace le parcours chaotique d’un garçon prénommé Malony entre l’âge de six ans et de dix-huit ans. Malony croise sur son chemin une juge pour enfants et un éducateur spécialisé, qui tentent inlassablement de sortir l’adolescent de la spirale infernale dans laquelle il s’enferme, entre violence, délinquance, et échecs à répétition.

Ni misérabiliste ni enclin aux bons sentiments, LA TÊTE HAUTE ne fait pas dans la dentelle, et s’essaie à livrer froidement et frontalement une réalité sociale violente et effarante. Un film choc ?! Ça se discute.

Grâce à sa présence exceptionnelle en Ouverture du 68ème Festival de Cannes, LA TÊTE HAUTE a bénéficié d’une très large couverture médiatique, ce qui reste tout à fait singulier pour un film profondément social. La réalisatrice Emmanuelle Bercot a choisi de montrer une violence adolescente totalement dépourvue de sens, une violence permanente, incontrôlée et incontrôlable la plupart du temps, faisant de ce gamin un être ingérable.

La caméra d’Emmanuelle Bercot ne quitte quasiment jamais son jeune acteur principal, Rod Paradot, qu’elle filme souvent en plans resserrés. Le garçon, comédien débutant, impressionne évidemment par la force et la conviction dans son jeu, et l’intensité des expressions de son visage et de son regard.
LA TÊTE HAUTE - Image 5 du film Emmanuele Bercot Ouverture Festival de Cannes 2015 - Go with the Blog

Le film doit beaucoup à son casting impeccable, à commencer par Catherine Deneuve, magistrale en juge pour enfants qui refuse d’abdiquer et de laisser sombrer ce gamin.
À ses côtés, Benoît Magimel incarne l’éducateur qui prend en charge le jeune Malony, et il retrouve ici un rôle sublime, particulièrement fort et introspectif. Magimel n’avait pas été aussi brillant depuis un moment, et il nous rappelle ici à quel point il est un acteur bouillonnant et à la sensibilité à fleur de peau.

LA TÊTE HAUTE - Image du film Benoît Magimel Rod Paradot - Go with the Blog

En revanche, Sara Forestier dénote totalement, et tient sans doute ici son pire rôle au cinéma ! Affublée d’une prothèse dentaire ridicule et poussant la caricature outrancière de la jeune mère de famille paumée à son maximum, elle sape plusieurs scènes à elle seule, et gâche véritablement certains moments du film. Un loupé particulièrement gênant, d’autant que son personnage est quand même assez présent dans le film …
Pour finir sur le casting, on note la présence de la jeune Diane Rouxel dans le rôle de Tess (la petite amie de Malony), une comédienne que l’on a pu voir un peu plus tôt cette année dans THE SMELL OF US de Larry Clark.

LA TÊTE HAUTE se veut ultra réaliste, sans édulcorant, livrant au spectateur une peinture sociale crue et profondément violente. Cherchant à tout prix le naturel et la plus grande justesse, le long-métrage d’Emmanuelle Bercot trouve une certaine force dans ce refus d’enjoliver la réalité sociale qu’il décrit.
La tete haute - Image - Go with the blog
Néanmoins, ce film ne nous a pas complètement convaincu pour autant. D’abord, on sort de LA TÊTE HAUTE avec la tête dans le sac, esseulé et usé d’avoir passé deux heures devant un rouleau compresseur de vulgarités, de langage grossier, deux heures en compagnie d’individus (Malony et ses camarades de galère au fil des centres d’éducation qu’il fréquente) sans aucun but dans la vie, vides d’eux-mêmes, incapables de s’exprimer autrement que par la violence des mots ou la brutalité de leurs actes.

Alors oui, cette partie de la jeunesse totalement à la dérive existe bel et bien, sauf qu’à la différence d’un documentaire où l’on aurait des temps morts, des interviews et/ou des moments de répit, ce film de cinéma ne nous donne pas la possibilité de reprendre notre souffle. Les faits de délinquance s’enchaînent inéluctablement dans la vie de Malony, comme si foncer tête baissée dans un mur et continuer sans cesse dans cette voie sans issue, était la seule perspective envisagée par cet adolescent, incapable de penser plus loin que la prochaine heure de sa vie …
La tete haute - Image2 - Go with the blog
Et puis l’autre élément très dérangeant de LA TÊTE HAUTE, c’est le choix scénaristique final. * Spoiler * En effet, le personnage de Malony met enceinte sa petite amie Tess, alors qu’ils ne sont âgés tous deux que de dix-sept ans. Ils finissent par choisir de garder cet enfant, et le film nous laisse entendre dans sa dernière scène que c’est dans cette paternité prématurée que Malony va trouver un sens à donner à sa vie …
Le film d’Emmanuelle Bercot est-il en train de nous expliquer que seule l’idée d’enfanter, permet à des adolescents sans repères et ultra violents de se construire ?? N’y a-t-il vraiment pas d’autres perspectives à envisager, sérieusement ? …

La conclusion de ce long-métrage et le message qu’il laisse sous-entendre sont ultra discutables, d’autant qu’ils viennent quasiment balayer d’un revers de manche tout ce qui a été montré précédemment, à savoir le travail admirable, vital et exemplaire de ces personnes (éducateurs, juges pour enfants, enseignants spécialisés, etc …) qui ne baissent jamais les bras et s’évertuent inlassablement à accompagner ces gamins paumés.
LA TÊTE HAUTE - Image du film Rod Paradot - Go with the Blog
On ne peut nier les nombreuses qualités de LA TÊTE HAUTE, à commencer par son casting, ainsi que l’intensité de son récit et la volonté farouche de faire de ce film un état des lieux sans concession d’une certaine réalité sociale et sociétale.
Malgré tout, on ne peut s’empêcher de sortir de ce long-métrage avec des vrais doutes sur sa leçon d’amour finale un peu déplacée et incongrue, ainsi que sur notre envie d’avoir de l’empathie pour cette jeunesse à qui l’on propose tant de solutions pour s’en sortir, mais s’obstine à les détruire les unes après les autres. On ne peut pas aider quelqu’un qui ne veut pas s’aider lui-même.

LA TÊTE HAUTE, sortie en France le 13 mai 2015.

Page Facebook officielle du film LA TÊTE HAUTE.

Article rédigé par Elle.

LA TÊTE HAUTE - Bandeau Large Festival Cannes 2015 Emmanuelle Bercot - copyright Go with the Blog

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3 commentaires

  1. Sujet casse gueule, propre à des scènes pesantes. Le film les évite. Par ses acteurs, des répliques sèches à remettre de l’ordre, justes. L’évolution des personnages (la mère comme un des plus exemplaire). Au delà un scénario qui surprend. Et une grâce, celle de la rédemption.
    Porteur de plein d’espoirs, de possibles si l’écoute se fait de part et d’autre. C’est peut-être aussi un arbre qui cache la forêt. Un conte de fée que l’on aimerait voir plus souvent. La solution est dans le propos: l’éducation. A faire à tout les postes. Voilà une belle réforme à entamer. (Re)créer l’autorité, l’exemplarité, l’écoute. A montrer/expliquer dans les écoles. Le film fr le plus fort de cette année.

    • Bonjour,

      Merci pour ton avis très complet à propos de LA TÊTE HAUTE.
      Comme l’indique notre article, on n’est pas vraiment aussi enthousiaste sur ce film, qui s’il reste intense c’est vrai, a aussi ses limites et ses errances cinématographiques par moments.

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