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CLOCLO, réalisé par Florent Emilio Siri

L’avantage en chroniquant le film CLOCLO, c’est qu’il n’est pas nécessaire de passer par l’étape du pitch. Car s’il y a bien une personne  dans le paysage artistique  hexagonal du XXème siècle dont on n’a pas besoin de faire les présentations, et encore moins de raconter sa vie, c’est Claude François.

Figure mythique, icône intergénérationnelle, star pailletée, artiste indétrônable dans le coeur de ses fans, chanteur à filles, homme controversé dans sa vie privée, auteur-compositeur insatiable, précurseur, businessman … On a déjà tout dit, tout écrit, tout raconté, tout montré à propos de Claude François. Il ne manquait que le Biopic.

Soyons honnêtes dès le départ : la première heure du film est plutôt ratée, en tout cas franchement laborieuse. Toute la séquence d’ouverture sur l’enfance du petit Claude en Egypte est un moment assez pénible à passer, avec notamment une reconstitution du Canal de Suez en images de synthèse d’un goût très discutable. La narration de l’enfance sent le passage obligé  avec des séquences qui se succèdent sans rythme, presque comme des vignettes listées dans un cahier des charges.
Cette ouverture ne rassure donc pas vraiment le spectateur que nous sommes sur les 2 heures 30 à venir en compagnie du chanteur.

CLOCLO démarre véritablement lorsque Claude François devient … Claude François. À ce moment, on passe enfin à un traitement plus en relief de sa vie. Par la même occasion, Jérémie Renier, le comédien belge qui interprète le chanteur, peut commencer à donner de l’ampleur et de la densité à son personnage. Un mot sur son travail d’acteur d’ailleurs : Jérémie Renier n’a pas exactement la minceur et la petite taille légendaires de Claude François, il offre un corps avec une corpulence plus affirmée et plus massive. Cependant, il parvient à faire passer des émotions justes et palpables grâce à son regard, son sourire, la transformation de son visage, et il nous surprend surtout grâce au travail intéressant réalisé sur sa voix et sa diction.

Ainsi, la deuxième partie du film qui narre l’ascencion de Claude François dans le petit monde de la chanson française suscite une certaine forme d’emballement et aussi d’excitation, le réalisateur parvient à ce moment à donner une impulsion salutaire à son film. Il faut dire que les chansons, élevées au rang de patrimoine culturel français et connues de tous, participent à cet entrain.

CLOCLO est un film qui ne nous apprend pas grand chose sur la vie et la personnalité du « Mal Aimé » que l’on ne sait déjà, et qui évite subtilement la subversion. Oui Claude François était infidèle, perfectionniste à l’extrême, intransigeant, exigeant avec son entourage professionnel, parfois violent, jamais rassasié de succès, mais rien ici ne relève vraiment du scoop.

Cependant, le biopic fonctionne bien et on ne s’ennuie jamais. Certaines séquences méritent même d’être notées pour leur intérêt tant dans la mise en scène que dans l’émotion suscitée. Tout d’abord ce très beau plan séquence mené avec un certain brio lors d’une party organisée au Moulin de Dannemois. La caméra suit les déplacements d’Isabelle, épouse et mère des enfants de Claude François (on souligne au passage l’interprétation très juste et sensible d’Ana Girardot dans ce rôle). Sans vouloir trop en dire, ce plan séquence rend bien compte de l’ambiance qui régnait dans ce lieu de vie, reflet de la démesure du chanteur, ainsi que de l’errance de cette jeune femme perdue dans un univers qui n’est pas le sien, et l’isolement douloureux d’un de ses enfants.

Ensuite, il y ce moment du film qui est selon moi le plus émouvant, lorsque Claude François reçoit par courrier express dans sa loge lors d’un concert à Bruxelles, un 45tours sans indication spécifique. Entouré de ses assistants les plus proches et de son producteur Paul Lederman (impressionnant Benoît Magimel), il écoute et découvre la version américaine de « Comme d’Habitude », interprétée par l’idole de toujours Franck Sinatra : « My Way ».

Ce biopic consacré à Claude François remplit très honnêtement sa mission, et rend aussi compte d’une époque intéressante où le starsystem et l’entertainment à la française fonctionnaient sur des bases très différentes de celles d’aujourd’hui, bouleversement médiatique contemporain oblige.
CLOCLO aurait peut-être pu gagner davantage en intensité et en émotion  si son réalisateur et son scénariste avaient privilégié un angle d’approche spécifique de l’intimité et la personnalité du chanteur, plutôt que de vouloir absolument tout mettre dans ce film. Parfois il est plus pertinent de ne pas chercher l’exhaustivité à tout prix.

CLOCLO, sorti en France le 14 mars 2012.

Article rédigé par Elle.

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6 commentaires

  1. Je pense attendre la vidéo pour le mater, mais je finirai par le voir, c’est sûr. Bel article!

  2. Merci pour le commentaire et merci de lire nos articles, c’est cool 😉

  3. Une sacrée belle surprise. Certes, le matériau de base est faramineux (le début du film, insistant sur la relation parents-enfant, me semble nécessaire pour comprendre le caractère du personnage) mais les acteurs sont formidables, la bande-son est réussie (pas toujours évident de doser des tubes) et, surtout, il y a un vrai réalisateur derrière la caméra. Siri m’avait déjà épaté par son traitement américanisant du huis-clos policier dans « Nid de guêpes », il refait le coup avec ce biopic aussi enthousiasmant qu’émouvant. Chapeau l’artiste (et non « The artist », qui m’a fait dormir).

  4. Je suis d’accord que sur la 1ère partie, il est utile de traiter de la relation père-fils. Cependant, d’un point de vue de la réalisation, je trouve vraiment cette première partie foireuse.

    Le casting est impeccable, je suis ok avec toi. J’ai vraiment bien apprécié l’ensemble des rôles féminins (et il y en a ! 🙂 ), j’aurais pu citer aussi Joséphine Japy, qui incarne la naïveté absolue de France Gall dans ses jeunes années.

  5. Bon article, mais je ne suis pas du tout d’accord avec l’analyse de la première partie:
    D’abord , elle est très bien menée que ce soit en terme de réalisation ou de rythme. Le film est construit comme un crescendo, le film commence doucement puis prend de plus en plus de rythme au fur et à mesure que le personnage avance dans sa vie jusqu’à l’inéluctable… De plus, comment avoir de l’empathie pour un personnage tel que lui ( qui n’est pas simple ), comment le comprendre, si on ne connait rien, ni de ses racines, ni de ses cicatrices, ni de ses ruptures , ni de ses souffrance ? Et qui plus est, comment devient-t-il musicien/chanteur ? J’ai envie de savoir, puisque c’est l’histoire d’un musicien qui est raconté ici, non ? Je trouve pour ma part que le film est un tour de force car ici les auteurs racontent l’histoire d’un homme de l’annonce de sa naissance à l’annonce de sa mort… C’est unique !

  6. Article intéressant mais je rejoins les deux premiers critiques,il est nécessaire de connaitre les parents de Claude François dès sa naissance jusqu’à la mort de son père sont des passage important du film que l’on ne peut pas ôter dans cet biopic,en revanche je suis tout à fait d’accord avec vous au sujet du canal De Suez,cela ce voit que ce plan est en image de synthèse ,c’est le seul défaut de ce film sinon tout le reste est excellent.

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