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AIMER, BOIRE ET CHANTER : la révérence d’Alain Resnais

AIMER BOIRE ET CHANTER - affiche - Go with the BlogDifficile de parler d’AIMER, BOIRE ET CHANTER sans commencer par dire qu’il s’agit là du dernier film d’Alain Resnais. Disparu quelques semaines à peine avant la sortie en salles de cet ultime long-métrage, le réalisateur français laisse une œuvre monumentale, près de 70 années dédiées au septième art, et surtout une passion immuable et indéfectible pour les acteurs.
Une fois de plus ici, il réunit autour de lui ceux qui sont devenus ses fidèles au fil des films, sa petite troupe de cinéma, finalement très proche d’une troupe de théâtre. AIMER, BOIRE ET CHANTER nous embarque dans la campagne anglaise où trois couples d’amis en arrivent à se disputer les faveurs d’un certain George, que l’on ne voit jamais et dont tout le monde parle. C’est en particulier Monica, Tamara et Kathryn, les trois femmes d’âge bien divers, qui cherchent à capter avant tout l’attention de George, pour l’accompagner en voyage à Ténérife.

Si on laisse de côté un instant le fait qu’AIMER, BOIRE ET CHANTER se trouve être le dernier film d’Alain Resnais, on peut alors commencer par dire qu’il s’agit ici d’une nouvelle adaptation d’un texte du dramaturge britannique Alan Ayckbourn, après SMOKING/NO SMOKING en 1993, et CŒURS en 2006. Ici, on nous montre clairement que l’on est dans une mécanique de théâtre filmé : décors en carton (oui, la campagne anglaise n’est qu’un prétexte à quelques travelling sur des routes anglo-saxonnes, offrant la possibilité d’utiliser les couleurs pour signifier les quatre saisons qui passent), intégralité du film tourné en studio, élocution des personnages totalement coupée de tout réalisme, … Resnais pousse même le vice jusqu’à s’amuser avec les croquis des décors qu’il met à l’écran tels quels, pour les fondre ensuite dans les décors en carton où jouent les acteurs.
AIMER BOIRE ET CHANTER - Image du film 2 - Go with the Blog
AIMER, BOIRE ET CHANTER est plein de bonnes intentions : on voit clairement que l’on veut nous faire réfléchir tout en douceur sur le temps qui passe (symbolisé par le déroulement des quatre saisons notamment), sur la complexité du couple quand les années commencent à se faire sentir, la vieillesse, la maladie aussi. Le film est léger, ne voulant pas faire peser une atmosphère plombante au-dessus de ses personnages ; mais il rappelle juste de-ci de-là que ces différentes questions se posent avec les années.

Pourtant, avec son chemin bien balisé et sa volonté indéniablement sincère de faire passer un bon moment malgré tout au spectateur, AIMER, BOIRE ET CHANTER ne trouve pas véritablement la bonne formule. Soit on adhère immédiatement à ce cinéma totalement déréalisé, soit malheureusement on reste sur le pas de la porte sans jamais y entrer.
AIMER BOIRE ET CHANTER - Image du film 1 - Go with the Blog
On sent bien que toute la troupe de comédiens est ici totalement au diapason de son metteur en scène, qui s’amuse visiblement avec eux (dans le sens jovial et divertissant du terme). Mais cela ne suffit pas franchement à amuser le spectateur, qui trouve ces discussions sans fin bien trop longues et bien trop vides.

Il faudra attendre le dernier quart d’heure du film pour commencer à y trouver enfin un regain d’intérêt, lorsque le récit se décide enfin à boucler la boucle et à mettre en scène toute ensemble les six acteurs. Malheureusement, ce sursaut de dynamisme arrive un peu tard.
AIMER BOIRE ET CHANTER - Image du film 3 - Go with the Blog
A posteriori et avec la disparition d’Alain Resnais, AIMER, BOIRE ET CHANTER est un film extrêmement lourd de symboliques, et l’on est même terriblement impressionné par l’aspect visionnaire de ce dernier long-métrage du réalisateur, qui aborde ici très clairement et très ouvertement la mort, la maladie, le temps qui passe, la fin de la vie, l’absence vis-à-vis des autres.

La toute dernière scène du film prend alors des allures d’ultime pied de nez de la part d’Alain Resnais qui, s’il ne signe pas ici une œuvre majeure, s’amuse en tout cas avec beaucoup de bienveillance et de sympathie du spectateur, laissé pantois par tant d’aisance à aborder des sujets pourtant délicats. Et pour cela, bravo monsieur Resnais.

AIMER, BOIRE ET CHANTER
, sortie en France le 26 mars 2014.

Article rédigé par Elle.

AIMER BOIRE ET CHANTER - Image du film 4 - Go with the Blog

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3 commentaires

  1. bonjour,
    oui je suis sensiblement du même avis que vous et ma chronique était sur le meme ton, en un poil plus sévère..on aimerait etre touchés et séduit par les trouvailles formelles de M Resnais pour ce qui sera sa dernière oeuvre, mais on reste vraiment trop en dehors et on trouve quand même le temps long à écouter ces bavardages pas bien passionnants…mais en meme temps le dernier quart d’heure remonte effectivement le niveau et nous donne envie d’applaudir le maitre pour toute son oeuvre… bonne journée à vous!!

  2. Je suis d’accord avec votre analyse. Pour moi, la mécanique de théâtre filmé empêche d’entrer dans le film. On a la sensation de regarder une pièce de théâtre au cinéma et le jeu des acteurs (dont effectivement l’élocution théâtrale) ainsi que la thématique des répétitions d’une pièce dans l’histoire n’aident pas. La légèreté du film n’est pas désagréable mais laisse une note un peu fade. L’intérêt est relevé dans la dernière partie du film mais la déception reste là. Qu’importe, au moment de la dernière scène, on se dit qu’en ayant été voir ce film, on a rendu hommage et dit au revoir à ce réalisateur qui vient de nous quitter.

    • Bonjour Mike35,

      Merci beaucoup pour ton commentaire très pertinent !
      Je suis tout à fait d’accord avec ta dernière phrase, très juste.

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