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LES BONNES MANIÈRES : prenez garde au loup qui rôde !

Après avoir fait leurs armes en travaillant sur plusieurs courts-métrages, les brésiliens Juliana Rojas et Marco Dutra ont réalisé leur premier long : TRAVAILLER FATIGUE, sorti en 2011.
Ils reviennent cette année au cinéma avec LES BONNES MANIÈRES, un film qui se dit fantastique et énigmatique, au cœur de la ville de São Paulo. Une réalisation déjà doublement primée par le Prix du Jury au Festival de Locarno, et le Prix du Public à L’Étrange Festival.

L’historie est celle de Clara, une infirmière solitaire de la banlieue de São Paulo, engagée par la riche et mystérieuse Ana pour être la nounou de son enfant qu’elle va bientôt mettre au monde. Alors que les deux femmes deviennent de plus en plus complices, la future mère est alors prise de crises de somnambulisme …

Comme dans leur tout premier long-métrage, l’un des thèmes abordés dans LES BONNES MANIÈRES est celui des différences entre les classes sociales, très présentes dans les grandes villes comme São Paulo. Les deux personnages féminins que sont Clara et Ana ont des vies totalement différentes : l’une est une infirmière noire un peu nomade voyageant de ville en ville et vivant en proche banlieue de São Paulo ; l’autre, blanche de peau, mène une vie beaucoup plus aisée dans un vaste appartement.
Les grandes rues parcourues par les lumières des lampadaires permettent de mettre en valeur la distinction sociale des deux jeunes femmes : l’employée Clara qui part en croisade rejoindre sa patronne dans sa tour d’ivoire.

Ce long chemin parcouru par Clara pour se rendre chez Ana peut laisser penser aux célèbres Disney tels que LA BELLE AUX BOIS DORMANT par exemple où le Prince se lance à la conquête de sa Belle et affronte de nombreux dangers tout au long de son parcours …

D’ailleurs, l’esprit féérique dans LES BONNES MANIÈRES est présent dès les premières minutes avec le générique d’ouverture présenté sur un fond très pastel, coloré et orné de dorures, qui n’est pas sans évoquer les Contes des Frères Grimm.
Dans l’appartement d’Ana, tout est droit, symétrique, épuré, chaque objet est à sa place. On a presque l’impression que tout est factice, comme dans une publicité (même le feu de la cheminée est artificiel). Cet environnement aseptisé et lumineux contraste avec l’univers beaucoup plus sombre et incertain dans lequel vit Clara, dans son petit logement de banlieue.

La première partie du film est ainsi très fantaisiste et mystérieuse autour de la grossesse d’Ana. On sent que celle-ci a un comportement étrange, et le duo de réalisateurs joue sur cette ambiguïté à travers des dialogues énigmatiques (notamment avec le gynécologue), des jeux de clair/obscur, et une musique pesante.
Ce n’est qu’après de multiples indices et quelques scènes marquantes que le mystère se dévoile alors peu à peu …
La naissance du bébé et le départ précipité d’Ana vont marquer la deuxième partie du film et un véritable tournant dans la vie de Clara, qui s’en trouve bouleversée.

La figure maternelle est alors remise en cause, car l’enfant, Joel, n’est pas éduqué par sa mère biologique mais par une mère d’adoption. Avec l’absence d’Ana, Clara se retrouve en charge de l’éducation de Joel, et va devoir développer des liens familiaux autrement.
Pour développer dans LES BONNES MANIÈRES cette question épineuse de qui est la véritable mère d’un enfant, les réalisateurs se sont inspirés de la pièces de théâtre de Bertolt Brecht « Le Cercle de craie caucasien ».

Clara va devoir apprendre à voir Joel au-delà de sa nature profonde, et à l’aimer pour ce qu’il est. C’est ici que l’on découvre que Joel est en réalité une créature mystique et dangereuse, car le petit garçon se transforme la nuit tombée.
Avec son apparence frêle et fragile, et son visage si mignon, Joel est de ces petits garçons à qui l’on lui donnerait le bon dieu sans confession. Les cinéastes jouent ainsi énormément sur cette ambiguïté entre l’apparence physique de Joel et sa véritable nature. Et cela rend ce personnage très humain, car l’Homme ne lutte-t-il pas constamment contre ses pulsions intérieures ?  … Le comportement de l’être humain oscille bien souvent entre agressivité et douceur.

Durant toute la deuxième partie du film, Joel est vu à travers les yeux de Clara, cette mère de substitution qui l’aime, il apparaît alors  comme un être bon et aimable. Le titre du film LES BONNES MANIÈRES et son affiche montrent également cette ambiguïté, ainsi que l’amour de Clara pour Joel. Et c’est bien cet amour qui lui permet de voir la part d’humanité du petit garçon  et non la partie dangereuse de sa double nature.

Cette deuxième partie est marquée également par une ambiance beaucoup plus horrifique, avec la démonstration du côté très sombre de Joel. Ces scènes ne sont pas gores comme le spectateur pourrait s’y attendre, et l’hémoglobine ne coule pas à flot. En effet, le spectateur ne voit que la peur dans les yeux des victimes du ‘monstre’, pas leur agression.

La bande originale permet quant à elle de relier les deux univers et les deux atmosphères du film. Les réalisateurs ont pour cela travaillé avec les compositeurs Guilherme et Gustavo Garbato. Les sons, d’abord très doux et peu perceptibles, deviennent de plus en plus présents et profond au fur et à mesure que l’histoire évolue, et plonge le spectateur dans un univers médiéval, ancestral, et donc fantastique, par la présence de la flûte et du tambour.

Les chansons brésiliennes chantées quasiment dans des murmures durant des scènes très intimistes, risquent de faire monter les larmes aux spectateurs. Ces séquences en chansons sont d’ailleurs encore un clin d’œil aux films Disney.

Pour finir, le casting de LES BONNES MANIÈRES est résolument féministe, rappelant beaucoup l’univers des films d’Almodóvar qui a pour habitude de mettre en valeur des femmes de caractère avec beaucoup de profondeur, évoluant dans des univers colorés. Dans LES BONNES MANIÈRES, on découvre des actrices très inspirées et au charme indéniable que nous n’avons pas l’occasion de voir dans nos salles de cinéma  françaises.

Il y a ainsi Isabél Zuaa, actrice portugaise, dont le rôle de Clara n’est que le deuxième de sa jeune carrière.  La brésilienne Marjorie Estiano (MALU À VÉLO, LES COULEURS DE LA LIBERTÉ) incarne quant à elle le personnage d’Ana.

Enfin, le tout jeune Miguel Lobo – dont LES BONNES MANIÈRES marque le début de sa carrière au cinéma – est plein de promesses en montrant ici une palette de jeu impressionnante pour son jeune âge !

En parfaite immersion dans la ville de São Paulo ainsi que dans l’univers fantastico-horrifique de ses réalisateurs, LES BONNES MANIÈRES accompagne le spectateur dans cet imaginaire, le transportant dans un monde mystique & féérique dont il aura du mal à se défaire au générique de fin. 😉

Bonus :
Pour en savoir plus sur le duo Marco Dutra & Juliana Rojas, lisez leur interview pour le site Film de Culte.

LES BONNES MANIÈRES, sortie en France le 21 mars 2018.

Article rédigé par Julie.

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