Accueil / Cinéma / CHAPPIE : mais où est passé le réalisateur de DISTRICT 9 ?!

CHAPPIE : mais où est passé le réalisateur de DISTRICT 9 ?!

CHAPPIE - Affiche française Sony Pictures FR - Go with the BlogOn avait laissé le réalisateur sud-africain Neill Blomkamp en 2013 avec ELYSIUM, son deuxième long-métrage  qui avait plutôt déçu nos attentes, tant on avait été nombreux à être emballés par son premier film coup de poing DISTRICT 9.

De ces deux premiers films qui soufflaient donc le chaud puis le froid au public, on ressentait alors une certaine impatience de voir ce que pourrait bien nous proposer Neill Blomkamp par la suite, pour apporter enfin une réponse à notre question : est-il ce grand cinéaste de SF capable de renouveler le genre, ou bien l’homme d’un seul et unique film génial ?

C’est dans ce contexte que sort CHAPPIE sur nos écrans : l’histoire d’un robot policier de Johannesburg, qui se retrouve au rebut après avoir essuyé plusieurs loupés sur le terrain face aux gangs de trafiquants de la ville. Son créateur, un ingénieur monomaniaque de l’entreprise qui commercialise ces robots policiers, décide de l’utiliser pour lui implanter son expérience d’intelligence artificielle.
Ce robot capable de penser par lui-même, devient alors l’objet de toutes les convoitises, mais aussi de toutes les dérives.

CHAPPIE convoque de nombreuses thématiques chères à la science-fiction, et qui étaient déjà présentes dans les deux précédents films de Neill Blompkamp, soit de façon très évidente (la guérilla urbaine, le droit à la différence, l’oppression des couches sociales inférieures, …) soit de manière plus implicite (la transmission, l’héritage laissé aux générations futures par exemple).
CHAPPIE - Image 1 du film movie Neill Blomkamp Robot SF 2015 - Go with the Blog
Les références cinématographiques dans CHAPPIE frôlent quasiment la citation, mais elles semblent totalement assumées et le cinéaste ne cherche pas à s’en cacher : on pense pêle-mêle à ROBOCOP évidemment pour l’histoire du robot policier, à E.T. pour le côté enfantin du robot Chappie qui doit échapper à ceux qui veulent le détruire, à A.I. pour le thème de l’intelligence artificielle insérée dans un robot à l’âme d’enfant, ou encore à BLADE RUNNER pour l’atmosphère recherchée.

Il y a donc de quoi faire, et beaucoup de matière pour alimenter un scénario certes plutôt classique, mais au potentiel dramatique et dynamique conséquent. Sauf que CHAPPIE passe à côté de tout avec un effroyable sentiment d’échec qui finit par agacer au fur et à mesure que le film progresse !

C’est bien simple, CHAPPIE ressemble à un brouillon de ce qu’aurait pu être un passionnant film de SF au terreau d’une grande richesse, mais dont Neill Blomkamp n’en retire que des éléments superficiels et déjà vus cent fois dans d’autres films de science-fiction.
CHAPPIE - Image 1 du film Neill Blomkamp Sony Pictures - Go with the Blog
Dès l’entame du film, on est mal à l’aise : tout va très vite, alors certes on voit bien l’intention de donner du rythme d’entrée de jeu, sauf que l’enchaînement des évènements de départ nous est présenté avec une telle simplicité qu’ils en deviennent incongrus voire ridicules. Mais on passe, et on se dit que le meilleur est probablement à venir, une fois le robot Chappie mis au cœur de l’action du film.

Malheureusement, à aucun moment le scénario de CHAPPIE ne décolle véritablement, tout ce qui se déroule sous nos yeux apparaît tristement ultra prévisible, et jamais le spectateur n’est sorti de sa zone de confort. Là où DISTRICT 9 nous bousculait véritablement en nous emmenant en terrains inconnus (ou très rarement vus au cinéma, de surcroît dans la SF), à savoir les townships de Johannesburg, on ne retrouve jamais dans CHAPPIE cette empreinte si singulière. Neill Blomkamp n’exploite jamais vraiment la ville d’Afrique du Sud : c’est bien simple, le film aurait pu se dérouler n’importe où ailleurs, et notamment aux États-Unis, que ça n’en aurait pas changé grand chose.
CHAPPIE - Image 3 du film Neill Blomkamp Sony Pictures - Go with the Blog
Du coup, le réalisateur s’est dit que pour donner une vraie marque identitaire sud-africaine à son long-métrage, ça serait une super idée que d’aller chercher des personnalités contemporaines du pays, au caractère bien trempé, et si possible un peu sulfureuses. Il confie ainsi deux des rôles importants du film au duo du groupe de rap Die Antwoord  originaire de la ville du Cap, et auto-surnommés Ninja et Yo-Landi Vi$$er .

Mais ce qui était franchement une super intention à la base, permettant ainsi de proposer un groupe de gangsters hétéroclites, originaux et à l’univers décalé par rapport aux habituels personnages du genre, se retrouve enfermée dans son propre piège.
Le couple de rappeurs ne sont non seulement pas à la hauteur de leur dégaine qui mixe le gangsta rap avec les Petits Poneys (oui oui), mais ils cristallisent au fur et à mesure le film sur eux, exposent à tout va le propre univers de leur groupe (logos, t-shirts, placement de leurs chansons, etc …) , tant et si bien qu’on ne sait plus s’ils incarnent encore des personnages originaux ou s’ils sont en promo de leur dernier album …
CHAPPIE - Image du film Robot 4 Neill Blomkamp Die Antwoord - Go with the Blog
Et les personnages, c’est justement une des grandes souffrances de CHAPPIE. Tous plus caricaturaux et stéréotypés les uns que les autres, Neill Blomkamp confine la grande Sigourney Weaver à un rôle de directrice d’entreprise faussement castratrice et pas bien maligne, Hugh Jackman affublé d’une coupe mulet joue les anciens mercenaires reconvertis en ingénieur raté et revanchard, et évidemment Dev Patel est le geek de service, célibataire et ne vivant que pour un seul but, son programme d’intelligence artificielle.

Terriblement conventionnel, maladroit dans son montage et sa construction narrative (on nous fait avaler beaucoup trop de couleuvres pour qu’on réussisse à trouver tout cela crédible à l’écran), CHAPPIE accumule les faux pas jusqu’à un final particulièrement gênant et foutraque. Et ce ne sont pas les scènes de gunfights qui vont sauver l’ensemble, tant là aussi la mise en scène est honteusement bâclée.
CHAPPIE - Image 2 du film Neill Blomkamp Sony Pictures - Go with the Blog

Pourtant, prises séparément, les idées du film (tant dans le fond que dans la forme) sont super intéressantes : les thèmes abordés comme le rapport au Bien et au Mal, le développement et l’éducation d’un robot avec une âme d’enfant, la notion de transmission, ou encore le projet de nous immerger dans les ghettos de la délinquance urbaine d’Afrique du Sud, sont autant de matière à un projet cinéma passionnant.
Mais ici, rien ne fonctionne ensemble, à tel point que le personnage même de Chappie pour lequel on aurait dû s’émouvoir sans retenue, finit par devenir ridicule sur les dernières vingt minutes du film ! Un comble.

Avec ce troisième long-métrage, Neill Blomkamp nous apparaît comme pris à la gorge par les studios américains qui ont, depuis deux films, gommé tout ce qui avait fait la singularité et l’identité de son cinéma découvert dans DISTRICT 9. Ou alors, c’est que le cinéaste avait jeté toutes ses meilleures idées dans son premier film, sans en avoir d’autres à nous proposer depuis …

Recyclant ses propres thématiques sans jamais avancer ni innover, le réalisateur signe avec CHAPPIE un film de SF banal, sans grande conviction, au scénario limite incohérent par moments, et à la dramaturgie et l’empathie inexistantes.

CHAPPIE, sortie en France le 04 mars 2015.

Page Facebook officielle du film CHAPPIE.

Article rédigé par Elle.

CHAPPIE - Bandeau Large Visuel Facebook Sony Pictures Blomkamp - Go with the Blog

Rendez-vous sur Hellocoton !

Vous avez aimé ? Découvrez d’autres articles :

20 commentaires

  1. Bonjour,
    Merci pour ce résumé et je vous dirais ce que j’en ai pensé le jour ou j’irais le voir 🙂
    en espérant que j’apprécierai le film quand même
    Bonne journée

    • Salut AdamSch,

      Merci d’avoir lu notre article 🙂
      On te souhaite par avance un bon ciné, et on attend évidemment ton avis su le film !
      Au plaisir de te lire.

      • Bonjour,
        Alors après l’avoir vue je n’ai rien à rajouté tout a été dit dans votre article et dommage que les meilleurs ou presque meilleurs scène passe tôt dans le film alors évidemment je suis bien content d’avoir eu la chance grâce à vous d’avoir gagné la place et ma évité de payé pour allez le voir 😉
        Maintenant hâte d’allez voir Avengers 🙂
        Encore merci et Bon weekend

        • Salut Adam,

          Merci pour ton commentaire, ça nous fait toujours super plaisir que nos gagnants nous laissent des messages, c’est cool !
          D’abord, on est ravi de t’avoir permis d’aller voir ce film, même si comme nous, tu as été plutôt déçu 🙁
          Je te rejoins, certaines des meilleures scènes du film sont plutôt dans sa 1ère partie.

          AVENGERS, c’est dans 1 mois tout pile là ! 😉
          Bon week-end aussi.

  2. Il y a du bon dans Chappie, le versant Robocop, avec sa noirceur.
    C’est un peu triste d’apprécier ces moments parfois assez violent et ses gangstas fortement influencé par C. Boddicker jusqu’à certains plans et l’amusement à pointé du gros calibre.
    Déjà dans ses personnages WTF « qui mixe le gangsta rap avec les Petits Poneys (oui oui) », le partage entre étonnement favorable et gène très embarassante, le décevant se mêle au plaisir. Si la réalisation se montre efficace dans ces moments, là encore, leur scénarisation est utilisé en dépit du bon sens. De l’armement lourd qui rate en dommage collatéral ceux qui l’arrange… Trop c’est trop.

    Il y a du mauvais dans Chappie, le versant Short circuit (belle réussite celui-là) avec son robot qui possède des allures bisounours. En porte à faux avec un quelconque projet sérieusement traité.
    La développement de la conscience de Chappie est totalement anéanti. Il absorbe ce qu’on lui dit de façon insensé. Comprends le mal sur certains points sans avoir vu la conséquence des actes pour en tirer ses conclusions. Le scripte endort le spectateur, comme est endormi le robot quand il croit que ses armes blanches font faire un « petit dodo » à ses victimes. La grosse erreur qui fout tout le film en l’air, si il n’y en avait qu’une.
    Ce n’est pas le casting mal géré, les erreurs de caractérisations, les lourdeurs sentimentalistes à gros sabots ni la relative bonne idée finale qui mixe à la fois la théorie de l’évolution robotique et la nouvelle série de La planète des singes qui ferra avalé la pilule de ce script particulièrement crétin.

    • Salut widescreen,

      Alors effectivement, je n’ai pas beaucoup abordé la question du développement de Chappie (mon article était déjà bien trop long …), mais c’est un gros point noir du film, comme tu le soulignes parfaitement !

      On a un robot doué de conscience, qu’on nous présente au départ comme un enfant qui va tout assimiler en qqs jours à peine, pour finir par penser par lui-même.
      Au bout de 2 jours, il fait la démonstration de capacités exceptionnelles pour réaliser une peinture par exemple, mais il continue d’avoir un langage d’enfant de 3 ans.
      Et les incohérences s’enchaînent quand il continue de faire preuve d’une naïveté absolue face à ses partenaires de crime, alors que dans le même temps il développe (à l’aide d’une Playstation, coucou le placement de produit Sony ! …) un programme pour muter sa conscience d’un corps à un autre, et qu’il poursuit le programme complexe entamé par ‘son créateur’.

      C’est en cela que Chappie ne nous émeut finalement jamais : moi je m’attendais vraiment à être touchée par ce personnage quand j’avais vu la bande-annonce … Sauf que là, Chappie est tellement incohérent, avec ce langage de mongol perpétué tout au long du film, qu’il en devient ridicule et jamais touchant !

  3. Oh ! Mon Dieu ! bon, je vais quand même y aller ! enfin, peut-être 🙁

    • Hello sakhura59,

      Oui, ça ne nous fait as très plaisir d’écrire tout cela à propos d’un film pour lequel on partait confiant, et enthousiaste.
      Mais notre constat, aussi sévère soit-il, reflète malheureusement notre opinion sur le film 🙁

      Après par principe, on ne peut que t’encourager à aller te faire ta propre opinion évidemment 😉
      N’hésites pas à revenir nous donner ton avis surtout ! À Bientôt.

  4. C’était bien résumé en une phrase dans l’article.
    J’avais un peu de peur de spoilé. Mais c’est cela qui m’a le plus gêné dans le film. Au demeurent plutôt bon scène par scène. L’ossature ne tient pas.

    • PS Je me permets de reprendre ta réponse en citation avec un lien sur la critique dans le forum Bluray: La galette bleue indépendante.

      • OK, pas de soucis.
        >> Tu peux juste mettre le lien direct de l’article stp (à la place de celui vers le commentaire, ou en +, comme tu veux).
        C’est simplement qu’avec le lien direct de l’article, ça nous génère automatiquement un Pingback sur notre article, comme ça on peut se souvenir & retrouver facilement là où sont postés nos articles.
        Merci par avance ! 🙂

        PS : … et on découvre du coup ce Forum qu’on ne connaissait pas, cool ! 😉

        • C’est fait. C’était mon intention. Juste pas fais gaffe à l’extension des commentaires.

          Forum (presque) tout nouveau. Critiques films souvent pertinentes. Et de la passion pour la galette bleue.

    • widescreen,

      oui c’est ça, comme je le disais, pris séparément, les éléments du film sont plutôt intéressants, y compris le choix par exemple de ce couple de gangstas originaux & décalés. L’idée du robot qu’il faut éduquer, c’était intéressant aussi.
      Mais la construction de l’ensemble et vraiment foireuse, et plus le film progresse, pire c’est quand même (les dernières scènes du film et les derniers rebondissements sont d’un ridicule, enfin quand même !) …

      PS : Pour info, les critiques aux US sont très mauvaises, et le film est parti pour faire un triste flop, il démarre à 15M $ sur ces 3 premiers jours, autant dire vraiment un très faible box-office sur le sol américain 🙁

  5. Isabelle de Guinzan

    J’ai vu le film hier grâce aux places gagnées sur le blog (encore merci !). Heureusement il ne m’a pas fait si mauvaise effet qu’à vous. Dans l’ensemble je le trouve tout de même assez léger pour bien des raisons données ici. Mais personnellement j’ai bien aimé le cadre en Afrique du Sud avec ses méchants originaux et décalés et ce côté un peu beauf-coupe mulet de Hugh Jackman. Un petit côté humoristique assez rare dans la SF pas déplaisant non plus. Disons que j’ai passé un bon moment mais qu’on se dit effectivement qu’il y avait matière à faire beaucoup mieux !

    • Bonjour Isabelle,

      D’abord, encore bravo pour les places gagnées à notre concours, et mille mercis d’être venue nous donner ton avis ! 😉
      Ça nous fait toujours super plaisir.

      On est d’accord, en soi ce n’est pas un mauvais film de SF, il y a en tout cas beaucoup d’idées intéressantes.
      Mais c’est certain qu’avec ce réalisateur, on a tendance à en exiger beaucoup, donc à placer la barre assez haute …

      Merci encore pour ton avis, à très bientôt ! 😉

  6. J’ai bien aimer car sa pourrait se passer comme ça si dans le futur nous créons un robot de se type scientifiquement c’est possible.

    TCHAO

  7. Excellente critique, c’est exactement ce que j’ai pensé de ce film.

    • Bonjour khaleese,

      Merci beaucoup pour ton commentaire, et ravie de lire qu’on a eu un ressenti similaire.
      Du coup, c’est une bonne raison pour revenir sur Go with the Blog ! 😉 😉

      À bientôt.

Laissez un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Champs obligatoires *

*

Scroll To Top